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Interview avec « Glamour »

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Rihanna est de retour avec un nouveau look, un nouvel album et surtout une grosse envie d’en découdre. Rencontre avec une fille ni cruche ni soumise.


Mais en marge de ce tableau idyllique, il est presque impossible de parler d’elle sans revenir sur cette nuit de février 2009, où la chanteuse s’est faite agresser par son ex-boyfriend, le rappeur Chris Brown. À l’occasion de la sortie de son nouvel album, « Rated R », Rihanna nous parle sans langue de bois de son succès mais aussi de ses blessures. Rencontre avec une fille qui fait ce qu’elle veut avec ses cheveux.


Avec la sortie de ce quatrième album, quel est le bilan de votre parcours ?

Rihanna: Jamais je n’aurais imaginé en arriver là. Il faut dire que j’ai grandi à la Barbade dans une maison modeste d’un quartier populaire. Même si je ne me sentais pas pauvre, le chemin paraît incroyable. Tout ça, c’est grâce à ma mère: elle a fait le maximum pour nous donner de l’ambition.


L’envie de chanter vous est venue jeune ?

Oui, déjà toute petite je faisais des concerts pour mes peluches et mes cousins. Et très vite, j’ai su que je voulais aussi le faire pour des étrangers. Je passais toutes mes vacances à enregistrer des démos.


Et finalement, vous avez obtenu une audition avec Jay-Z.

C’était l’un des moments les plus stressants de ma vie. Je n’ai pas dormi de la nuit et j’ai dû essayer un million de fringues avant de sortir de chez moi. Dès que je suis entrée dans la salle avec Jay-Z, j’ai commencé à trembler. J’étais sûre qu’il serait en costume avec un gros cigare, mais en fait, il portait un T-shirt avec des baskets. Heureusement, je me suis ressaisie, c’était quitte ou double. Dès que j’ai fini de chanter, on m’a demandé de partir. Ils ont fermé la porte pour signer le contrat avec mes avocats.


Vous vous attendiez à ce succès express ?

Pas du tout. En à peine quelques semaines, mon premier single passait sur les radios, on a tourné le clip et tout a décollé: j’étais dans le top 10 face à des artistes que j’avais toujours admirés. Jay-Z n’arrêtait pas de me dire: «C’est la première fois que ça arrive, n’y prends pas goût trop vite». Même lui n’en revenait pas.


Quel est le conseil le plus précieux qu’il vous ait donné ?

Au début, il m’a conseillé de rester honnête et humble. Et je l’ai cru sur parole, car ça marche comme ça pour lui: il a toujours gardé les pieds sur terre.


2009 a été une année plutôt difficile pour vous sur le plan personnel. Comment votre entourage vous a-t-il soutenue ?

Ma famille, mes amis, tout le monde m’a aidée, mais jusqu’à un certain point. À un moment, on se retrouve forcément seule face à ses problèmes: personne ne peut vraiment comprendre.


Vous faites référence à l’incident avec votre ex-copain ?

Oui, je parle de cette soirée des « Grammy Awards » et de ce qui s’est passé ensuite. Et puis cette histoire de photos volées, c’était la goutte d’eau.


Vous parlez des photos volées au commissariat [des portraits de Rihanna couverte de bleus après avoir été battue par Chris Brown] ? C’était un choix de garder le silence à ce moment-là ?

J’étais vraiment très humiliée de voir ces photos sortir dans la presse quelques jours à peine après les faits. C’est le genre de clichés qu’on ne montre à personne, même pas à ses proches. Les gens se sont servis de moi, certains sur le web se sont même moqués de ce qui m’arrivait. C’est encore pire de savoir que ces photos ont été vendues par deux femmes (deux femmes policières sont suspectées d’avoir fait sortir ces clichés confidentiels).


Vous avez changé depuis cette terrible expérience ?

Ce soir-là, c’est Rihanna qui s’est mise au lit, et je me suis réveillée en Britney Spears. Il y a eu un tel tollé médiatique: des hélicoptères survolaient ma maison, une centaine de personnes occupaient ma rue et je pouvais à peine rentrer chez moi. Je ne me doutais pas à quel point ce qui m’arrivait pouvait toucher des inconnus et mes fans. J’ai appris énormément pendant cette période-là en tout cas, je me sens à la fois plus forte et plus sage.


Vous en voulez aux médias de ce traitement plutôt inhumain ?

Avant, mon image était très lisse. On me prenait pour une fille innocente et on me fichait la paix. Mais à la minute où ma vie a dérapé, c’est devenu ingérable, ça m’a dépassée. Les gens oublient pourtant qu’en dehors des tapis rouges, je suis comme tout le monde. Je suis chez moi, je regarde la même émission en dînant. Je fais des trucs normaux, des trucs d’être humain.


Quels conseils aimeriez-vous donner aux filles qui se trouvent dans la même situation que vous ?

La violence conjugale reste un énorme tabou. Les jeunes filles n’osent pas en parler à leurs parents. Les femmes ont honte de confier à un voisin ou un ami que leur mari les frappe. Mon histoire au contraire a été retransmise dans le monde entier. La planète a suivi à pas ma guérison et le procès. Dans mon malheur, c’est peut-être le seul côté positif. Je me dis que ça a servi à donner l’exemple aux autres filles qui subissent des maltraitances. Et aujourd’hui, je peux parler en leur nom.


Votre musique, c’est aussi un moyen de vous faire entendre ?

J’ai écrit beaucoup de textes de mon nouvel album, j’avais besoin de m’exprimer sur ce qui m’est arrivé. C’est un disque très personnel et même si les gens ne l’aiment pas, tant pis, j’ai fait ce que j’avais envie de faire. C’est rock et hip-hop à la fois, c’est super-warrior, exactement comme je me sens en ce moment.


Ça se ressent dans votre look d’ailleurs.

La mode, c’est une autre façon de dire qui je suis. J’adore inventer des looks inattendus, voire improbables. Au début de ma carrière, j’avais beaucoup de contraites: je n’avais pas le droit de porter certaines couleurs de rouge à lèvres (le rose ou le rouge, par exemple). Un jour, j’ai arrêté de demander l’avis des gens autour de moi. Le premier truc que j’ai fait, c’est de me couper les cheveux, les teindre en noir, puis de changer de garde-robe et enfin de musique. J’ai juste décidé d’être moi-même.