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Interview avec « GQ »

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Good Girl Gone Badass: La gentille fille devenue dure à cuire


Oui, Rihanna est de retour : avec un nouvel album, une volonté nouvelle de parler de Chris Brown, et un nouveau look si sexy… bon, les photos parlent d’elles-même. Lisa DePaulo s’assoie avec la princesse de la Pop, en plein règne, pour parler de tout et pour lui poser quelques questions auxquelles elle n’a répondu nulle part ailleurs.


Rihanna est en retard. Plusieurs heures plus tard. Son caniche en peluche bronzé, Oliver, arrive avant elle avec son propre entourage. Ils sont aux petits soins pour le chien (« Tu sens bon comme ta maman ») en dehors de la scène à Burbank, où les musiciens et l’équipe, de son tour du monde à venir, attendent. Presque tout le monde, à part le caniche, fume cigarette sur cigarette. Il y a quelques jours, Rihanna s’est confiée à Diane Sawyer à propos de « l’affaire Chris Brown » comme les musiciens l’appellent, et même si l’interview n’a pas encore été diffusée, le buzz est bien là.


Elle disait aussi des trucs comme, « J’ai mis tout ce que j’ai voulu dire les huit derniers mois dans ma musique« , ce qui pourrait expliquer en partie ce qui sort du studio. Est-ce que Rihanna, la douce fille de la Barbade, lâche la bombe-N ? Son nouvel album « Rated R » est, pour ne pas dire autre chose, plus incisif que le truc ‘under-my-umbrella’ vendu à 12 millions d’exemplaires. Une chanson intitulée « G4L » (Gangster 4 Life), sonne comme un fantasme de revanche, avec ses femmes s’armant de fusils pour sortir et botter les fesses de quelques personnes. Dans un autre morceau, elle parle du fait que ses cheveux soient tirés pendant l’amour. Elle s’est bien fait comprendre.


Mais apparemment ce n’est pas assez. L’image de Rihanna si soigneusement conçue, manipulée et gérée dès le moment où elle été prise, à l’âge de 15 ans, d’un groupe de filles à la Barbade, par un producteur qui la ramènera chez lui à Standford dans le Connecticut, lui obtiendra un contrat de musique avec le label Def Jam, et l’enverra sur le chemin de la super célébrité a été toute chamboulée avec « l’affaire Chris Brown ». Dans l’industrie musicale, la violence conjugale n’est pas juste une tragédie, c’est un problème d’image. Alors maintenant l’équipe Rihanna a à décider comment « le gérer ».


Leur plan été celui-ci : elle en parlera pour la sortie de l’album. Elle donnera une interview à Diane et à « Glamour » et annoncera qu’elle voudrait aider les jeunes femmes qui ont été dans la même position qu’elle. Même si cela signifie raconter ce qui s’est réellement passé cette horrible nuit de février dernier, quand elle et Chris Brown, magnifiques, souriants et posant pour les photographes, ont quitté une « pre-party » Grammy, sont montés dans sa voiture et que Rihanna est apparue plus tard en sang, meurtrie et mordue.


Avant même que je ne rencontre Rihanna, j’ai de la compassion pour la jeune femme. C’est déjà assez dur d’avoir été battue par le garçon dont tu es follement amoureuse. Ça doit être autre chose d’avoir tous ces projecteurs braqués sur vous (et votre caniche), vous faisant confronter publiquement cet horrible épisode. Et quoi encore ? Si vous dites que vous voulez aider les jeunes femmes, pouvez-vous vraiment arrêter d’en parler après que la campagne publicitaire soit terminée ? Et devriez-vous passer par là ? Non pas le fait de prêcher contre la violence conjugale, mais ce que Robyn Rihanna Fenty a enduré, à l’âge de 20 ans (quand Chris Brown l’a frappé, elle était à deux semaines de son vingt-et-unième anniversaire), n’est pas quelque chose que l’on oublie après une tournée mondiale.


À Burbank, le nouveau single de la star « Wait Your Turn », continue de sonner à travers les murs du « Studio 10 ». Et enfin, un frisson d’agitation se ressent à l’extérieur. Rihanna est arrivée, sur le siège arrière d’une voiture Escalade. Son chauffeur s’arrête aux doubles portes de la scène et laisse le moteur tourner pendant dix bonnes minutes alors qu’elle applique lentement et de façon extravagante du mascara. Puis elle sort, de la façon dramatique que les stars comme Rihanna font à la sortie des véhicules. La pause, puis le ta-da. Comme s’il y avait des paparazzis attendant. (Il n’y en n’a pas). La première impression est : une pure fille dure à cuire. Les jeans trop zippés, les bottes noirs, le sweat à capuche gris, le grand sac en argent métallique, qu’elle balance par dessus son épaule comme si c’était une arme, et une nouvelle coupe de cheveux (rasés et marrons sur les côtés, blond ananas au dessus). « C’est une putain de bombe, cette coupe », lui dit une personne de l’équipe. Je me présente. « Sweet », dit-elle, pas très gentiment et se tourne vers le studio. Elle veut être seule d’abord pour dire bonjour à son équipe. « Je vous rencontrerais là-bas, okay ? », dit-elle. D’accord. « Sweet », dit-elle encore.


« Là-bas » est un autre grand studio, remplis de mannequins nus quelque chose en rapport avec la promo pour la sortie de l’album. Et maintenant elle est prête. Son manager, qui ressemble à une fausse version de Rihanna (bottes, jeans, sweat à capuche), l’accompagne. Nous nous asseyons tous sur une caisse en bois. Sauf le manager qui se tient sur ses deux pieds. Et y reste.


Vous avez eu plusieurs jours de folie.

Ouais. (Rire nerveux).


Maintenant que vous parlez de tout, cela est-il dur ou libérateur ?

Vraiment libérateur. C’est soulageant. Parce que cela c’est fait il y a si longtemps, et toutes ces pensées et ces émotions ont été dans mon esprit depuis les huit mois passés. Et maintenant c’est comme si je devais lâcher prise et avancer.


Est-ce thérapeutique d’en parler ?

Hum. Je n’aime pas en parler beaucoup. Mais à chaque fois que je le fais, c’est mieux ; C’est plus facile à chaque fois.


Parce que vous avez dit quelque chose à propos de vouloir donner un témoignage aux jeunes femmes.

Mm-humm.


Et c’est une chose courageuse. Vous auriez pu ne rien dire.

Mm-humm.


Qu’est-ce qui vous a fait décider que cela était la bonne chose à faire ?

Parce que je voulais aller de l’avant. Et je savais que cela était la seule façon que j’aurais pu le faire. Et je voulais que les gens aillent de l’avant avec moi. Parce que, la dernière chose importante qu’il connaisse de moi est « Cette Nuit ». Et je ne veux pas que ce soit de la manière dont les gens me définissent.


Avant que je vienne ici je vis en face d’une petite école publique difficile à New-York et j’ai été parler aux filles là-bas.

Oh, wow.


Juste pour dire, « Hey, je vais rencontrer Rihanna. Que voulez-vous savoir ? ». Et c’était intéressant, parce que beaucoup d’entre elles ont été dans ta situation et elles voulaient savoir comment tu as géré ça. Est-ce que ce sont de ces gens dont vous voulez parlez ?

C’est sûr je pense. Je savais juste que je serais bien un jour. Je savais juste ça. Alors j’ai juste continué à attendre pour que ce jour arrive. Comme, vous voyez, même si c’était dur tout le temps, il y avait des hauts et des bas. J’ai juste gardé à l’esprit : « je vais m’en remettre un jour ». Je vais m’en remettre.


Qui vous a aidé à traverser ça ?

Personne.


Vraiment ?

[Le manager qui rode intervient pour la première fois. « Ri, peux-tu venir deux secondes ? » demande-t-elle. Rihanna la regarde bizarrement. « Il y a un problème avec un morceau », dit le manager. « Quel morceau ? », demande Rihanna. Le manager rodant lève alors un sourcil : « Peux-tu juste venir ici une seconde ? », dit-elle laconiquement. Rihanna obéit. Les deux femmes se déplacent de quelques mètres. Quelques chuchotements s’en suivent mais il n’y a aucune communication avec les gens qui travaillent dans la salle du son (mixage) ? Ensuite Rihanna revient à sa caisse de bois. La première chose qu’elle dit est « je suis désolée ».]


Vous disiez, avant que vous ayez à partir, que personne ne vous avait aidé à traverser ça. Vraiment ?

Personne. Vraiment juste la musique. Et le travail. Parce je ne voulais pas vraiment être avec qui que ce soit, me regardant et tout, se sentant désolés pour moi. Alors j’ai juste je suis beaucoup restée à la maison. Après j’ai commencé à devenir claustrophobe. Je devenais folle là-bas.


Mais tous les amis que tu as rencontré… Vous avez une très bonne relation avec Jay-Z. Avec Justin Timberlake. Est-ce que toutes ces personnes vous ont soutenu ces huit derniers mois ?

Absolument.


Mais vous vous sentiez seule ?

Jay-Z et moi, nous avons une avons une relation très intime, alors il était là à m’aider à traverser ça et à me donner des conseils et des orientations, et juste des mots de soutien. Comme, la force.


Étiez-vous choquée ?

Au départ. Je veux dire les premières… les premières soixante-douze heures après j’ai réalisé, ça m’a frappé. Tout le truc était une sorte de stupeur. J’étais confuse. C’était un peu bizarre, mais… mais après, je commençais à m’ennuyer à être dans une maison et être assise ici et là. J’ai appelé Jay Brown il est mon A&R et j’étais genre : « je veux retourner au studio. Je veux y retourner ».


Dans l’une des chansons de l’album, vous chanter sur le fait de penser que vous pourriez mourir… avez vous pensé que vous alliez mourir cette nuit ?

Non… non. (Long silence).


Cela doit demander beaucoup de force de gérer cela. Je veux dire, juste les choses basiques. Par exemple, comment avez-vous eu la présence d’esprit d’appeler le 911 (les urgences) ?

Je n’ai pas appelé les urgences. Non. Je sais que tout le monde pense que je l’ai fait, mais c’était quelqu’un d’autre… c’était… [Rihanna regarde le manager rodant et après elle murmure quelque chose à propos du fait qu’elle vient juste de parler à Diane Sawyer de tout ça. Mais il y avait quelque chose de bizarre : on pouvait sentir que Rihanna avait toujours beaucoup à en dire. Ses yeux sont humides quand quoique ce soit qui a un rapport avec Chris Brown vient sur le tapis. Elle a tendance à regarder dans le vide quand elle en parle mais après elle rencontre le regard du manager ? Peut-être veut-elle en parler mais qu’elle ne peut pas].


Quand vous dîtes que vous voulez donner une idée aux jeunes femmes quel est le plus grand témoignage que vous ayez ? Qu’avez-vous appris ?

Hum… Vraiment vraiment vraiment que l’amour est aveugle. Il m’a fallu beaucoup de force pour sortir de cette relation. Pour enfin officiellement y couper court. C’était comme la nuit et le jour. C’était deux mondes différents. C’était le monde dans lequel je vivais depuis deux ans et après avoir la force de dire, « je vais entrer dans mon propre monde. Repartir de zéro ».


Qu’est-ce qui était le plus dur, la douleur physique ou la douleur émotionnelle ?

Certainement pas la douleur physique. La douleur physique va et vient. Les bleus s’effacent. Mais ce qui reste avec vous ce sont les cicatrices émotionnelles.


Vous étiez amoureuse ?

Ouais.


Et vous étiez une enfant ?

Ouais.


Pensez-vous que vous deux pourriez être amis ?

Mmm. Peut-être dans genre dix ans, vous voyez ? Mais ce n’est pas quelque chose sur laquelle je compte. Je ne compte pas sur son amitié.


Bien. Comment pourriez-vous faire confiance à nouveau ?

Je peux faire confiance. Je veux dire, je n’aime pas stéréotyper ; Je pense que chacun est un individu. On ne peut pas juger quelqu’un à partir des actions de quelqu’un d’autre. Il y a des gens dans le monde qui vont vous aimer et des gens dans le monde qui vont vous blesser, et il y a des gens dans le monde qui vous feront les deux.


Pensez-vous qu’un homme qui fait quelque chose comme cela peut changer ?

Absolument. Ouais. Certains d’entre eux ne changeront pas et certains changeront mais vous savez, très peu d’entre eux changent.


Au fait, avez-vous déjà été diplômée au lycée (Bachelière) ?

Non. Je le voulais. Mais j’ai juste été vraiment occupée.


Vous savez, quand j’ai parlé à ces lycéennes… et cela montre à quel point le problème est difficile. Leur première question était « qu’a-t-elle fait pour être frappée ? ».

Mm-hmmm.


Et j’ai pensé : « Oh mon Dieu, comme c’est affreux qu’elles posent cette question ».

Mm-hmmm. Après que tout se soit passé, ça a été un réveil pour moi… Je n’avais pas réalisé à quel effet cela avait sur la vie des jeunes femmes, et cette partie du témoignage que je souhaite donner. Arrêter de vous condamner pour ce qui s’est passé. Il n’y a rien que vous ne puissiez jamais faire pour pardonner le comportement d’un homme comme ça.


Vous êtes vous blâmée ?

Initialement ? Je veux dire… en fait, non, je ne me suis jamais blâmée, mais je me demandais « qu’est-ce que, qu’est-ce que j’ai fais pour provoquer cela ? ».


C’est le point de rupture. [Le manager rodant intervient avec « vous en avez fait le tour maintenant ».]


D’accord. Bien ensuite. Comment s’est passée la séance photo pour la couverture ? J’ai entendu dire que les photos étaient sexy.

(Rires). C’est vraiment sexy, ouais. À un moment, L.A. Reid (président du groupe musical Def Jam) est venu pendant la séance photo et il était genre : « Rihanna, mets-toi des putains de vêtements ».


Ceux là sont jolis. (Elle porte une douzaine de bracelets).

Merci.


Ils font très Michelle Obama.

Ah ouais ? Je l’adore. Elle est si belle.


Parle-moi de ces tatouages. Là [à l’oreille gauche, celle que Chris Brown a mordu] il y a une étoile. Et celle-ci [sur son annulaire] dit « amour » ? Et tu as un revolver aussi, non ?

Mm-hmmm. C’est ici. De ce côté. [Elle ouvre son sweatshirt ; c’est sous son aisselle droite]. Vous le voyez ?


Que c’est-il passé avec celui ci ? Un revolver ?

Vous savez, c’est juste que… Je pense que je ne suis pas conventionnelle.


Ce ne vous a pas fait mal ?

Ouais, les tatouages font mal. Mais quand tu veux quelque chose, tu supportes la douleur.


Espérons que cela ne fasse pas trop mal. [Le manager rodant se rapproche]. Alors, quel sujet, dont vous n’avez pas eu la chance de parler, voulez-vous aborder ?

Uh, il n’y a rien de spécifique que je veuille aborder. Il n’y a rien de plus que je puisse aborder. Tout est dit. Je veux dire, vous voyez, les gens ont une mauvaise perception de moi.


Comment ça ?

C’est juste qu’ils ne me comprennent pas. Je pense que les gens qui s’offusquent ne savent pas qui je suis. Ils savent juste à quoi je ressemble, ils n’ont aucune idée de qui je suis. Mais ils en sauront plus cette fois, parce maintenant je baisse ma garde, et je me sens mieux en étant juste moi-même. C’est exactement ce que je veux être. Et même dans l’album, vous comprendrez l’essentiel de ma personnalité.


Plus qu’avec vos chansons précédentes ?

Sans aucun doute. Sans aucun doute. Elles racontent beaucoup de mon histoire.


Parce que bizarrement, personne ne devrait avoir à traverser quelque chose d’aussi dur pour évoluer, mais il semble que cela vous ait fait évoluer.

Absolument.


Mais je suis curieuse. Que pensez-vous, exactement, être faux dans ce que les gens pensent de vous ?

Il n’y a pas vraiment quelque chose de faux. C’est juste bizarre quand je lis des choses sur moi. Comme la façon dont une chose toute simple peut être transformée en quelque chose de différent.


Comme lorsque les gens parlaient de maladies transmissibles ?

Hmmm.


Quand les gens disaient que vous aviez l’herpès, par exemple. Disant que c’est la raison pour laquelle il vous a frappé.

Oui. Ce n’est pas vrai. J’ai une putain de cicatrice. Sur ma lèvre. C’est là tous les jours de vie.


Cela doit être difficile de lire ce genre de chose.

Ce n’est pas comme si c’était méchant. C’est plus de l’ignorance. Au début j’étais genre : « vous êtes sérieux ? » ; j’ai pensé que les gens allaient sans aucun doute savoir que ce n’est pas… Mais après je lu ça, et j’ai vu que les gens croyaient ça… Du genre, à la minute qu’ils voient ça, cela forme quelque chose dans leur tête.


C’était partout sur le net.

Mm-hmm.


Mais vous avez tout lu.

Mm-hmm.


Pourquoi ?

Parce que. J’en apprends beaucoup en lisant ça. Beaucoup.


Alors comment arrivez-vous à garder les pieds sur terre ? Toutes les personnes à qui j’ai parlé avant que vous n’arriviez m’ont toutes dit à quel point c’était bien de travailler avec vous.

Oh, c’est gentil. Vous me demandez comment je…


Ouais, comment faites-vous cela ?

Je suis juste moi-même. Je ne ressens pas le besoin de changer… Mais cela représente beaucoup pour moi. Le fait que vous me disiez qu’ils aient dit ça. C’est cool.


Il y a-t-il quoique ce soit que vous voudriez aborder, Rihanna ?

« Non, je ne pense pas », dit le manager rodant. « Nous avons besoin de conclure », ajouta-t-elle.


Il y a-t-il quoique ce soit que vous voudriez aborder ?

Vos chaussures sont belles.


Merci, chérie. Ce sera intéressant de voir ce qui vous arrive.

Merci beaucoup. [Grand câlin]. Et c’est mignon ce que le groupe a dit. Mais ils ont carrément menti. Je suis une vraie garce.