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Interview avec « Marie Claire UK »

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En décembre 2010, Rihanna faisait la couverture du magazine « Marie Claire UK ». A cette occasion, le journaliste Harvey Marcus a pu s’entretenir avec la chanteuse et parler notemment de Katy Perry, sa renaissance, son duo avec Eminem et surtout l’épisode malheureux de février 2009. Rihanna-Diva.com vous propose donc de découvrir la traduction de cette interview émouvante et pleine de sincérité.
 

Rihanna a laissé échapper un joli éclat de rire coquin alors qu’elle me régalait de ses souvenirs inoubliables de l’enterrement de vie de jeune fille de Katy Perry.
« Oh, beaucoup de faux pénis ! » me dit-elle avec un sourire coquin. « Tout… Tout ce que tu peux imaginer ressemblait à un pénis ! Les colliers, bonbons, ballons… Nous avons fait une piñata… nous avions également un jouet gonflable pour la piscine qui avait la forme d’un gros pénis! »
 
Clairement satisfaite de l’aplomb avec lequel elle s’est libérée des tâches en tant que planificatrice de la fête de Katy, Rihanna revit avec agitation le programme de cette journée : des suites terrasse avec jacuzzis à l’Hôtel « Hard Rock » à Las Vegas ; faire les imbéciles dans la piscine ; assis dans les premiers rangs au spectacle du Cirque Du Soleil ; et, enfin, un club de strip tease. Mais pas n’importe quel club, m’assure t-elle. « Nous sommes très particulières concernant ceux que nous aimons. Je ne sais pas comment on l’a réussi, mais je pense avoir fait le meilleur enterrement de vie de jeune fille.
 
Rihanna est heureuse. Ici pour promouvoir un nouvel album, « Loud », nous sommes assis dans le coin d’un studio de photographie dans le West London, alors qu’elle vient juste de finir la séance photo pour le magazine Marie Claire. Elle a atterri dans le pays il y a à peine 12 heures et a déjà trouvé le temps d’appeler son restaurant caribéen préféré, le « Ochi » [qui propose des plats à emporter] à Ladbroke Grove, avant qu’elle n’arrive.
 
Personne, pas même une personne de 22 ans qui connait bien les exigences de la célébrité et d’une carrière bourgeonnante au cinéma (elle a tourné son premier film, « Battleship », dont la sortie est prévue avant la fin de l’année), a le droit d’être si fraîche, si relaxée, débordante de bonheur et tu es heureuse pour elle.
 
Son amitié avec Katy Perry le prouve. Elles se sont rencontrées à une cérémonie de remise de prix, elle se souvient: « Nous avons fini par nous asseoir l’une à côté de l’autre, rigolant de tout. Je me souviens m’être dit, ‘cette fille n’a pas de touche « Modifier » !’ Et c’est ce que j’ai aimé chez elle. »
 
Je lui demande si on peut dire la même chose d’elle. Elle y réfléchit pendant un moment et répond: « Beaucoup moins maintenant. Avant je dirai que j’étais très prudente concernant les informations que j’annonçais. Mais après que certaines choses de ta vie aient commencé à être révélées, tu t’en fous un peu. »
 
Est-ce le cas depuis que ta relation avec Chris Brown s’est terminée ? « Oui. Tellement de choses comme çà. Les photos nues. Il n’y avait pas d’innocence… » Dit-elle tout bas.
 
En mai dernier, les sites de potins sont devenus fous lorsqu’une série de photos nues, prises avec son portable dans un hôtel, s’est retrouvée sur internet. Dans l’une d’elle, la phrase « Je t’aime » était écrite sur le miroir de la salle de bain. Ces images volées ont fait surface peu de temps avant que son ex-petit ami, le chanteur Chris Brown, ne plaide coupable pour l’horrible agression commise en son encontre trois mois plus tôt, [ces photos] ont seulement servi à se moquer de ce qui était déjà ruiné. « Je ne sais pas pourquoi les gens ont trouvé çà si étrange. Tout le monde envoie quelque chose à son chéri. J’imagine que tu fais çà toi aussi ! »
 
A présent, il se peut que nous soyons à des millions de kilomètres de démêler notre interview. Jusqu’à maintenant, elle n’a fait qu’allusion aux supplices qu’elle a endurés l’année passée. Lorsqu’elle est sérieuse, son accent barbadien, à la fois mignon et abrupt, traverse ses phrases: « C’était facile de penser que je n’avais pas de consistance et que je manquais d’expérience, comme prendre des photos de moi nue. Après çà… Tu veux garder une partie de ton intimité, mais certaines choses n’ont pas de raison d’être caché. »
 
Est-ce libérateur ? « Sans aucun doute. C’est tellement plus agréable d’être juste toi-même, donner son avis que les gens soient autour ou pas. Parce qu’après tu te sens mieux. Tu vas au lit et tu dors mieux, tu te réveilles en te sentant toi-même et tu n’as pas à le cacher à qui que ce soit.
 
Le degré de célébrité de Rihanna est tel qu’il est difficile de croire que c’était il y a seulement trois ans, durant l’été 2007, que [le titre] « Umbrella » est resté en tête des charts de Grande Bretagne pendant près de dix semaines. Extraite de son troisième album « Good Girl Gone Bad », cette seule chanson a transformé Rihanna en star mondiale avec près de 16 millions d’albums vendus dans le monde.
 
Malgré le succès de ses deux premiers albums (« Music Of The Sun » en 2005 et le suivant « A Girl Like Me »), il était peu probable que son héritage musical totaliserait bien plus que deux chansons entrainantes, « Pon De Replay » et « S.O.S (Rescue Me) ». Mais ceux qui se sont interrogés sur son habilité à perdurer, ne connaissaient surement pas la détermination de Robyn Rihanna Fenty, dont l’enfance a été gâchée par l’addiction aux drogues de son père, un cauchemar qu’elle et ses deux frères ont enduré jusqu’à ce que sa mère le force à quitter la maison familiale. À cette époque, Rihanna avait 14 ans et était encore au lycée de Saint Michael, en Barbade. Elle passait ses pauses-déjeuners à chanter avec deux amies, en faisant semblant d’être les Destiny’s Child.
 
Un an plus tard, elle est découverte par le producteur de disque américain Evan Rogers, venu passé des vacances sur l’île ; un an après, alors qu’elle venait de fêter ses 16 ans, elle déménage dans le Connecticut, et part vivre avec Evan Rogers et sa femme avec pour but de la transformer en interprète le plus rapidement possible. La détermination a toujours été présente.
 
Son dernier album a été diffusé pour la première fois et en exclusivité pendant la séance photo de cette après midi. À la grande angoisse des représentants de son label, étant donné le piratage de son album ces derniers jours, Rihanna a demandé que son iPhone soit branché à la sono du studio, pour que nous puissions tous écouter sa nouvelle musique. Un appel à la joie pour les filles provenant de toute part, elle décrit « Loud » comme « étant rempli de couleurs » ; en contraste complet avec le virulent et sombre « Rated R » sorti l’année dernière, et de plus, une évidence que Rihanna aime de nouveau la vie. « Ce que je ressens se reflète dans ma musique », dit-elle. « Rated R » est arrivé après [l’affaire] Chris Brown, et dans des chansons comme « Cold Case Love » et « Russian Roulette », elle raconte avec une douloureuse précision, la peine causée par l’amour.
 
Te trouves-tu psychologiquement dans un monde différent maintenant ? Lui demandai-je. « Absolument, » déclare t-elle contre toute attente. « Faire « Rated R » m’a vraiment aidé à rester saine d’esprit et à traverser un moment complètement dingue et déroutant de ma vie. Mais les choses sont claires maintenant. »
 
Cela semble entièrement injuste que les évènements de la soirée du 08 février 2009 et les conséquences qui ont suivi, sans qu’elle n’y soit pour quelque chose, aient fini par définir Rihanna autant que sa musique. Et, presque deux ans après, c’est tout à fait compréhensible qu’elle soit réticente à revenir sur les horreurs et humiliations révélés au public à ce moment là.
 
Les faits sont bien connus: le couple conduisait au volant de sa Lamborghini grise dans Los Angeles après une « Pre-Grammy Awards Party » ; ils se sont disputés à propos d’un texto qu’il a reçu d’une ex-petite amie ; le coup brutal qu’il lui a donné et qui est devenu d’autant plus réel et violent lorsque l’affidavit cru et violent a été lu par la Cour ; la photographié qui a fuité sur internet de son visage meurtri et en sang. Il y a eut aussi leurs réconciliations très critiquées – [ils ont été] photographié dans la maison de P-Diddy à Miami – jusqu’à qu’elle décide qu’ils ne pouvaient plus revenir en arrière. Finalement, le 22 juin, Chris Brown a plaidé coupable et plus tard condamné à six mois de travaux d’intérêt général et cinq ans de sursis avec mise à l’épreuve. Une ordonnance restrictive a également été imposé, elle demande à Chris Brown de rester à une cinquantaine de mètres de Rihanna, et une dizaine s’ils participent à une même soirée.
 
Mais les faits semblent à présent presque sans rapport comparé à l’agitation émotionnelle dont Rihanna a souffert depuis. Elle n’a pas de devoir ou de responsabilité envers qui que ce soit pour recevoir de plus amples demandes sur ce sujet. Tellement de choses ont été dite, écrite, diffuser sur Rihanna et Chris Brown les mois suivants, que réexaminer cette période aujourd’hui – surtout lorsqu’elle apparait si en paix avec le monde – n’a pas d’autres fonctions que satisfaire notre addiction aux célébrités ; ajouter une autre couche à ses dépens. Mais elle sait, et je sais que je vais lui poser la question, malgré tout. Lorsque ce moment arrive, et que je demande tout haut si elle a aujourd’hui un point de vue différent sur sa relation avec Chris Brown, si elle est une personne différente. Je m’attendais à une réponse préparée à l’avance, avec pour seule ligne, « Il n’y a rien à dire ». Ce à quoi je ne m’attendais pas, c’est le rare niveau de sincérité et le point de vue personnel que Rihanna a l’intention de délivrer. L’écouter pourrait être à la fois pénible et inspirant, mais au final il n’en ressort pas seulement l’envers de la célébrité, mais aussi le désir de Rihanna de raconter son histoire de violences conjugales, pour informer qu’il y a d’autres personnes dans le même cas.
Es-tu une personne différente aujourd’hui ? Répétai-je. « Oui », répond Rihanna avec sureté. « J’étais vraiment perdue. Je dois avouer que j’étais troublée. C’était vraiment bizarre parce… » Elle lève les yeux et s’en veut d’être si bouleversée, « Aaagh ! ». S’exclame-t-elle à voix haute. « Je déteste parler de çà mais c’était dingue de se sentir si déconnectée de soi-même et lorsque cela s’est produit… »
 
Elle a du mal à finir sa phrase mais est déterminée à poursuivre: « C’est effrayant parce que rien de ce que tu fais ou dis, semble te ressembler. Tu es déconnecté de tout ce que tu aimes et fais normalement, la manière de t’habiller, de dire les choses… Tu as l’impression que çà ne vient pas de toi. Il y a juste ce vase vide. Je me suis sentie comme un récipient vide. » Les larmes coulent mais elle me dit que tout va bien. « Je suis juste… Je me sens… Je souris pour de vrai cette fois ci. Les rires viennent de l’intérieur cette fois et çà se sent dans tout ce que je fais. Les gens sentent que mon énergie est différente. Quand je souris, ils voient que c’est un bonheur pur et pas seulement une couverture. C’est tellement bizarre que les gens te connaissent plus que toi.
 
Est-ce que tu en as voulu aux gens… ? C’était ta vie, et tout d’un coup, elle est devenue si publique. « Non, » répond t-elle. « Car c’était la seule manière de me sortir de cette relation. La seule solution, tu vois, Dieu a une façon dingue de travailler et des fois, quand des choses arrivent, tu te demandes ‘qu’ai-je fais pour mérite çà ? Pourquoi se retourne t-il contre moi ?’. Mais j’avais besoin de ce retour à la réalité dans ma vie. Tu traverses des choses et dans ces moments sombres, tu ne te rends pas compte que les choses s’améliorent… mais lorsque c’est le cas, c’est un ressentiment génial parce que… Tu sais, je vais dire que chaque chose négative ou mauvaise qui m’ait arrivé pendant cette période… Bon sang, ce que je les remercie pour çà. »
 
Pourquoi dis-tu çà ? « Parce que çà te met complètement à nue. C’est plus que tout une expérience humiliante. Tu te sors de là parce que tu deviens tellement forte lorsque de telles merdes t’arrivent. Toutes ces choses terribles qu’on te dit, çà te fait craquer. Une fois que tu es de nouveau sur pied… Si jamais tu y arrives, c’est ton ultime prouesse. »
Elle n’a jamais abandonné l’espoir d’échapper à la profondeur du désespoir dans lequel elle se trouvait. « Je savais qu’un jour arriverait où je ne me sentirai plus comme çà. « J’ai donc surmonté [toutes ces épreuves], puis [ce jour] est arrivé et çà fait vraiment du bien. Elle fait une pause pour essayer de se ressaisir. La délivrance que ce jour a apportée est toujours apparente. Elle pleure de nouveau, la voix brisée par l’émotion. « Je ne serai pas la femme que je suis aujourd’hui, si je n’avais pas vécu toutes ces choses. Je pense que les gens l’ont juste vu de l’extérieur. Tu sais, que tu vives ce genre de relations ou pas, de l’extérieur, c’est toujours plus facile de regarder une situation pour ce qu’elle est. Mais de l’intérieur, tu es aveugle et tu ne vois rien d’autre mis à part ce que ressent ton cœur. Et c’est ce qui est arrivé. Mais, je dois avouer… Je dois avouer que lorsque j’y ai mis fin, je n’étais toujours pas sure. Tu vois, je l’ai arrêté, parce que je savais que ce n’était pas bien. Mais là-dedans, ce n’était pas encore le cas. » Elle montre du doigt son cœur.
 
« Finalement, un jour, je me suis réveillée et je savais que j’en avais fini avec çà. Cette fois, j’étais à New York à l’hôtel « Trump », je me suis réveillée et j’ai su que j’en avais fini. C’était un jour différent. Je me suis sentie différente. Je ne me sentais pas seule. Je voulais me lever et être dans le monde. C’était une sensation vraiment géniale. »
 
Ce jour, m’a dit Rihanna, elle a juste marché et marché dans les rues de New York et elle a commencé à se souvenir des plaisirs innocents de n’importe quelle jeune femme ; faire du shopping, s’arrêter à un café, encore du shopping… « À partir de ce moment-là, je me dis au fond de moi ‘profite juste de la vie !' »
Avec tout ce qu’elle a traversé, certains détracteurs se sont interrogés sur sa récente collaboration avec Eminem, pour le single « Love The Way You Lie », et à quel point, d’après eux, elle [la chanson] valorise la violence domestique. Rihanna n’a pas de regret. « Il [Eminem] fait face à lui-même sur cette dernière. En fait, il donne un aperçu de ce qui se passe dans la tête d’un couple ayant des problèmes de violences domestiques. J’aime que dans chaque couplet, on en arrive à un point où elle a envie de partir, elle veut partir, elle part, elle part, elle part… mais le « hook » revient toujours et çà devient, « J’aime çà, j’aime çà. » Ce n’est pas ce que tu penses quand cela arrive. Tu sais que tu n’aimes pas çà, mais tu restes, donc c’est presque comme si tu aimais çà, parce que tu ne pars pas.
 
Est-ce qu’elle se rapporte à une expérience personnelle ? « Absolument. Absolument ! Chaque mot de la chanson est vrai. N’importe qui ayant vécu cette expérience peut comprendre à quel point ces paroles sont magiques. Tout le monde aime la musique, mais les paroles ne peuvent être comprises que si on a déjà vu ou assisté à çà chez soi, ou connu çà soi-même. »
Depuis le début de l’année, Rihanna sort avec la star de baseball de l’équipe LA Dodgers, Matt Kemp. Je lui ai demandé si elle était amoureuse et elle a sourit une nouvelle fois. « Oui », avant d’ajouter: « Il est tellement facile à vivre. Et très gentil. »
 
Je me demande si elle croit au destin. « Tout à fait. Et ce n’était pas le cas avant. La chose la plus importante, c’est d’être heureux et fidèle à toi-même. Je ne veux pas repenser à çà dans 30 ans et me dire, « J’ai fais çà pour qu’ils soient heureux, et je n’en ai pas profité. » Je veux pouvoir dire que les gens m’ont aimé pour ce que je suis. Les gens ont beaucoup plus de respect vis-à-vis de toi lorsque tu es toi-même et qu’ils voyent tes imperfections. C’est la grosse connexion. La seule différence qu’il y a entre toi et moi, c’est que je fais de la musique. Mais je suis toujours une personne normale. »