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Interview avec « Rolling Stone »

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Ils étaient à la recherche de Megan Fox. Trois paparazzis rodaient dans les collines au-dessus de Los Angeles. Ils s’étaient garés là ce matin en espérant surprendre Megan Fox qui a une maison un peu plus haut dans la montée de la colline. Mais ils ont eu de la chance : sur le siège arrière d’une voiture Escalade, Rihanna était sur le chemin d’une séance photo chez un photographe. Ses vitres étaient teintées mais les paparazzis savaient que c’était elle. Il y a une bosse reconnaissable sur le pare-chocs et ils possèdent aussi une liste de plaques d’immatriculations. Le paparazzi le plus proche du bord du trottoir est un jeune homme séduisant prénommé Arturo avec un téléobjectif autour de son cou. Il travaille pour une agence appelée X17 et il est souvent en patrouille pour Rihanna. Il sait où elle réside, où elle va faire ses courses, où elle mange. Il dit qu’une série de photos d’elle peut rapporter jusqu’à 5000$ mais tout dépend de ce qu’elle fait et avec qui elle est. « Donc, » dit-il, aussi décontracté que possible, « Elle est avec quelqu’un ? »

Il se trouve qu’elle est avec Mark, son agent de sécurité, un boxeur cockney au cœur d’or, qui a fait sa formation dans l’Est de Londres en sortant les supporters violents des stades. Ses poings ressemblent à des masses et il a l’air d’un voyou sorti d’un film de Guy Ritchie. A un moment donné, comme pour montrer son ingéniosité de Hooligan, il prend un journal tout simple, fait des plis d’experts et en quelques secondes, il fabrique une arme contondante. « Nous appelons ça une brique Millevall » dit Mark avec un sourire.

Maintenant, Rihanna en a fini avec sa séance photo et elle est en train de siroter du vin tout en discutant avec ses amies pendant que le soleil se couche. Il y a Karin, la maquilleuse, Ursula qui s’occupe de ses cheveux, qui changent sans cesse – aujourd’hui, une explosion cramoisie comme sortie d’un numéro de cirque avec des boucles à la Bob Marley ; Jen son assistante personnelle ; et bien sûr, Melissa, sa meilleure amie et sa main droite, qu’elle connait depuis qu’elles sont devenues meilleures amies à la Barbade à 14 ans. C’est une équipe très restreinte et soudée – ou comme dit Katy Perry, l’amie de Rihanna, « une bande de fille qui gardent les pieds sur Terre ».

Il est bientôt l’heure de partir. Mark se prépare pour les 10 mètres à faire jusqu’à la voiture. « Est-ce que tu veux que je leur donne un coup pour qu’ils ne nous suivent pas ? » lui demande-t-il. Elle a eu une séance photo qui a duré toute la journée donc il est compréhensible qu’elle soit peu enthousiaste, mais elle accepte, pour des raisons de sécurité.

Mais une fois que les flashs retentissent et que son sourire apparaît, elle décide de s’amuser un peu. « Rihanna ! Rihanna ! » crie Arturo. « Est-ce que tu sors avec Ryan Phillippe ? ». C’est la rumeur cette semaine – la dernière d’une longue lignée d’amants présumés, de Shia LeBeouf à Josh Hartnett en passant par Drake. Elle secoue ses volumineuses boucles. « Je déteste faire envoler vos rêves » dit-elle, « mais non, je sors avec des filles ! »
Arturo rit et lance subitement: « Oui, Nicki Minaj, non ? »
Rihanna rit. « J’aimerais bien ! » dit-elle en disparaissant à l’intérieur de la grosse voiture. « Ses fesses sont parfaites ! »

Un peu plus tard, on la retrouve dans un restaurant italien, au niveau de la route nationale de la côte Pacifique, plongée dans un plat de calamars frits. Cet endroit s’appelle « Giorgio Baldi », et c’est son restaurant préféré à Los Angeles, et peut-être même au monde. Si elle est chez elle pour une semaine, ce qui est rare, elle peut aller y manger quatre ou cinq fois. En général, elle prend des spaghettis et des fois des gnocchis. Ce soir, ce sera les deux.

Alors, à quoi ressemble-t-elle de près ? Trop de choses pour le dire en une fois. Des yeux verts invraisemblables. Une peau lumineuse. Des jambes mesurant une demi-hauteur de plafond – pas étonnant que Gillette les aient assurées pour un million de dollars. « C’est écœurant comme elle est splendide, » dit Katy Perry. « A chaque fois que je la présente à mes amis, garçon ou fille, les réactions sont constantes « Elle boit du sang de vierges ou quoi ? » »
Rihanna a sorti son tout premier single, la pétillante chanson « Pon de Replay », quand elle avait tout juste 16 ans. Depuis ce moment là, elle a sorti cinq remarquables albums en six ans, dix huit de ses chansons ont atteint le top 10; parmi les chanteuses féminines, seules Whitney, Madonna, Janet et Mariah en ont plus. Si son dernier single « S&M », atteint la première place, et ça semble bien parti, ce serait le 10ème numéro 1 – plus que Beyoncé et Lady Gaga réunies.

Tout cela nous fait facilement oublier qu’elle a juste 23 ans. Elle dit qu’elle n’aime pas les légumes car ils ont un goût « qui ressemble à du buisson ». Par contre, elle aime les frites, les Cheetos, et KFC. Elle essaie d’apprendre l’italien – elle a eu Rosetta Stone pour Noël – mais jusque là, son vocabulaire se limite à des jurons. Elle adore Jonas Hill et Michael Cera (bien qu’elle les appelle « le gros » et « l’autre »), et elle dit joyeusement qu’elle essaie d’apprécier son corps tant qu’elle peut parce qu’elle sait que « les fesses et les seins » sont les premiers à disparaître.

Elle est aussi très drôle, au cas où vous ne l’auriez pas remarqué. Elle en a montré un aperçu il y a quelque temps, en jouant avec Andy Samberg dans deux courts métrages dans l’émission « Saturday Night Live » qui parlent d’un énurétique un peu simplet nommé Shy Ronnie. (« Elle est arrivée et a tout cassé » dit Andy Samberg ). Mais elle a aussi un esprit pince-sans-rire et d’autodérision, se moquant de son énorme front et son immense appétit – comme quand, au milieu du dîner, elle baisse les yeux sur trois morceaux de spaghettis laissés dans son plat et dit « Peut-être que je devrais m’arrêter pour laisser de la place pour mes gnocchis. Vous croyez que c’est trop tard ? ».

Elle dit qu’elle a aussi comme des TOC: « Je déteste le son du métal sur le métal. Et aussi si quelque chose n’est pas pair, ça me fait bizarre – comme quand une copine me tape sur la fesse droite, je me sens comme engourdie sur la fesse gauche ». Elle fait craquer ses articulations. Elle a des tendances compulsives à tripoter la poitrine des autres filles. Elle a regardé le film « Due Date » au moins huit fois cette semaine.

L’année dernière, elle a acheté une maison de 12 chambres à Beverly Hills, mais qui met une éternité à être rénovée (« La piscine a été un cauchemar »), donc en attendant elle loue un appartement dans Westwood avec Melissa et Oliver, son caniche nain. Elle adore aller à l’épicerie et cuisiner pour elle-même; savourer un bon chardonnay à la fin de la journée; renoncer à la marijuana (ou du moins, le prétendre); et avoir des histoires folles comme d’avoir été complètement ivre dans un bain au clair de lune pendant des vacances au Mexique. Elle aime les émissions télévisées sur les vrais crimes comme « Beyond Scared Straight » et « Snapped » (à propos des femmes qui rompent), et elle nous dit que le dernier livre qu’elle a lu est « Mafia Princess ». Elle est aussi tout le temps en retard et n’a pas son permis de conduire, mais sinon elle est très terre-à-terre et aussi inimitable qu’une diva avec 1500 paires de chaussures peut l’être.

À un moment pendant le dîner, quelque chose capta son regard. « Oh mon Dieu », dit-elle en baissant la voix, « Colin Farell est juste là. Et il y a toutes ces folles rumeurs sur nous en ce moment ! »

Et ça n’a pas manqué, de l’autre côté du restaurant, l’idole Irlandaise semble avoir un dîner d’affaires avec quelques associés. En novembre dernier, lui et Rihanna étaient sur une émission britannique, où elle a raconté une histoire à propos d’une étrange séance d’épilation. Depuis, des rumeurs ont fleuri : ils échangeraient des textos salaces. « Il doit probablement penser que j’ai lancé toutes ces folles rumeurs » dit-elle. « On n’a même pas les numéros de l’un et de l’autre. J’aimerais bien. Il est bandant. »

Juste à ce moment-là, Colin jeta un coup d’œil. Rihanna lui fait un signe. Quelques minutes plus tard, il arrive, nous irradiant de son charme gaélique, et salue Rihanna dans une étreinte et un baiser sur la joue. « Coucou mon coeur. Ça fait plaisir de te voir. Comment vas-tu ? »
« Je vais bien » dit Rihanna avec un grand sourire « Et toi, comment vas-tu ? »
« Je vais bien merci. » Il montre de la tête la porte où les paparazzis sont regroupés. « Nos amis dehors vont faire bon usage de tout ça. On va s’envoyer des textos toute la nuit ! »
« Vraiment ? » dit Rihanna en riant « C’est hilarant. »
« Ça fait plaisir de te voir. Il l’étreint une nouvelle fois, puis s’échappe par la cuisine et sort par la porte arrière.

Il est certain que le lendemain, les blogs vont parler de tout ça. Perez Hilton dira que le couple a été « surpris en train de dîner ensemble ». Selon Hollywood Life, ils « ont pris leurs précautions pour partir à des instants différents pour ne pas être photographiés. » MediaTakeout fait référence au « nouveau petit copain » de Rihanna et dit à ses lecteurs « qu’ils avaient un rendez-vous avec une certitude de 100% » (Ils ont aussi surnommé le Giorgio Baldi le « restaurant préféré de l’Irlandais de Los Angeles »)

La vérité, c’est que Rihanna est célibataire. « Je n’ai pas de rendez-vous. » dit-elle. « Je n’ai pas de rapports, je n’échange même pas de messages tendancieux. C’est le néant complet. » Elle nous dit qu’elle n’a pas été en couple depuis sa rupture avec le joueur de baseball des Dodgers, Matt Kemp, qui avait dû avoir lieu avant que cela ne soit rendu public en décembre, donc ça fait au moins quatre mois qu’il n’y a rien eu. « Vous croyez être déçu ? » dit-elle. « Essayez d’être dans ce corps. »

Mais il y a toujours des alternatives, dit-elle. « Quand vous n’êtes pas physiquement avec la personne avec qui vous êtes en couple, une photo résout le problème. Enfin, Skype est plus sûr. Mais une photo dure longtemps. Quand vous êtes seule et que ces moments d’envie vous prennent, les photos peuvent être très utiles. »
Cela étant dit, elle ajoute « Je n’ai pas eu de photo de bite depuis un moment. Je crois que les gens ont un petit peu peur. Ça peut mal tourner. »

Malheureusement, elle en a fait l’expérience. Il y a deux ans, Internet a mis la main sur quelques photos d’elle déshabillée et certaines d’entre elles en plutôt bonne qualité. Rihanna se souvient encore quand elle a découvert ça, en ayant juste atterri d’un vol pour Hawaii. « Je suis descendue de l’avion, et j’avais 27 messages. Je me souviens du message de Katy qui m’a marqué car il disait « Bébé, ça va ? » Tout de suite après ça, j’ai compris que c’était sérieux. » Quand elle a lu celui de son manager qui lui a appris la nouvelle, elle nous dit, « Je pouvais à peine tenir debout. Je suis allée dans les premières toilettes que j’ai vues et je me suis assise sur le siège, la porte encore ouverte. Les gens continuaient à rentrer et me regardaient assise. J’étais mortifiée. Je n’avais même pas envie de quitter l’aéroport. »

A propos des jours suivants, elle nous dit, « Je me suis vraiment isolée de tout le monde. Je ne voulais pas parler à ma famille. Je ne voulais pas parler à mes managers. Le jour d’après c’était la fête des mères, alors j’ai envoyé des fleurs à ma mère et j’ai simplement attendu qu’elle m’envoie un message. »
C’est ce qu’a fait sa mère, et c’est ce qui l’a fait se sentir mieux. Maintenant, elle rigole de cette histoire. Récemment, un fan lui a envoyé un lien de quelques photos, lui demandant ce que c’était. Sa réponse ? « Ça devait être… MOI, quand j’étais mince ! ».

Rihanna est en fait son patronyme. (Ça vient de l’arabe « basilic ») Son vrai nom est Robyn, et c’est ainsi que l’appellent encore la plupart de ses amis et de sa famille. « Je ne prête pas trop attention quand j’entends Rihanna, Rihanna, Rihanna » dit-elle, « Quand j’entends Robyn, j’y prête attention. »

Elle est née le 20 février 1988 à Bridgetown à la Barbade. Son père, Ronald Fenty, exploite une usine de vêtements; sa mère, Monica Braithwaite, était comptable. C’était une petite fille mignonne, avec des tresses jusqu’à la taille, qui passait son temps libre en allant à la plage ou en travaillant comme caissière à la boutique de sa tante. Ses matières préférées étaient les maths et la chimie, et celle qu’elle aimait le moins était le sport.

Quand on en vient aux garçons, on se rend compte qu’elle était un peu en retard. « Mon premier baiser a été au lycée et ça a été la pire chose. Il a pratiquement vidé toute sa glande salivaire dans ma bouche. Ça m’a traumatisée. Je n’ai plus jamais voulu refaire ça. » Elle s’amusait beaucoup plus à aller en discothèque et à danser avec les filles. Elles pouvaient commander de la liqueur Passoa et du jus d’orange et danser jusqu’à 3h du matin.

« Elle a toujours été forte et indépendante, » dit sa mère, « Les autres bébés » – en parlant de ses deux plus jeunes frères – « étaient plus des petites bouilles et câlins. Mais elle n’avait pas peur de faire face aux choses. »

À 15 ans, Rihanna remporta le concours de beauté de la parade de son école et un concours de talent grâce à une interprétation sur « Hero », de Mariah Carey. Elle a toujours su qu’elle voulait être une pop star. Elle avait l’habitude de chanter Whitney Houston et « A Whole New World » avec sa brosse à cheveux; ses voisins la surnommaient « Robyn le rouge-gorge » parce qu’elle chantait beaucoup. À 16 ans, elle attira l’attention de Evan Rogers, un producteur de disque américain en vacances à la Barbade avec sa femme. Il l’aida à enregistrer un essai – ce qui est ensuite devenu « Pon de Replay » – et commença à la vendre aux labels.

La démo fit son chemin jusqu’à un cadre chargé d’artistes et de musique à Def Jam prénommé Jay Brown, qui venait d’arriver avec le nouveau président du label Jay-Z. « J’ai fait écouter la démo à Jay-Z », se souvient Jay Brown, « et Jay-Z a répondu, « C’est une chanson remarquable » Le truc c’est que vous devez être encore plus remarquable que votre chanson, sinon la chanson prend sur vous. »

Il s’avère que ce n’était pas un problème. Rihanna s’est envolée pour New-York afin d’auditionner plus tard dans la semaine et elle chanta deux chansons a cappella, dans une tenue blanche qu’elle avait mis toute la nuit à choisir. « Elle était visiblement nerveuse, » dit Jay-Z. « Maintenant, elle a une grande personnalité, mais ce n’est pas ce qui m’a touché pendant l’audition. Ce qui m’a touché ce sont ses yeux, cette détermination. Elle était acharnée – comme Kobe Bryant. Elle savait qu’elle était une star. »

L.A. Reid, devenu ensuite président de Def Jam, y a vu la même chose. « On en voit tout le temps des jolies choses, » dit-il « Il y a des jolies choses à la pelle. Mais ces yeux disaient « Ça va le faire. Vous allez être embarqués ou pas. Mais le train va bientôt partir. »

Rihanna aime plaisanter sur le fait que Jay Brown et Jay-Z sont ses « papas », la couvrant d’encouragement et de conseils (pas tous sollicités) et des jolis cadeaux d’anniversaire – récemment un original de Damien Hirst. La relation avec son vrai père, entre temps, est un petit peu plus compliquée.

Rihanna dit qu’elle doit beaucoup à son père « Il m’a appris à pêcher, à nager, à faire du vélo. Il m’a vraiment rendue plus forte » Mais il l’a aussi renforcée de manière négative. Durant la plupart du temps de son enfance, il buvait fortement et il était accro à la drogue. Une fois, quand elle avait neuf ans, elle est rentrée et l’a vu fumer du crack. Il avait du caractère et elle dit qu’elle l’a vu battre sa mère.

« J’arrivais à dire quand une conversation devenait trop intense, quand ça allait devenir physique, » dit-elle au cours du dîner. « Et les vendredis étaient terrifiants parce qu’il arrivait à la maison ivre. Il venait d’être payé, et la moitié partait dans l’alcool. Il passait la porte et tous les regards se tournaient vers lui. »

A-t-il déjà été outrageant envers toi ?
« Non. Enfin – il m’a frappé une fois. » Elle avait sept ans ; ils étaient à la plage. C’était l’heure de partir, mais elle voulait rester 10 minutes de plus. Finalement, il en eut assez. « Il m’a frappé tellement fort, » dit-elle « J’ai couru à la maison avec la trace de sa main sur moi. Je ne pouvais pas y croire. Ma mère a vu mon visage, la façon dont j’étais traumatisée. Vous savez quand vous faites quelque chose de mal, et que vous avez mérité d’être battue ? Ça venait de nulle part. »

Finalement, son père a perdu son travail, et les tensions familiales ont augmenté. Rihanna est devenue solitaire – elle ne voulait pas parler, ni même pleurer. « Elle avait toujours été une très bonne élève, mais elle a commencé à avoir du mal à suivre, » se rappelle sa mère . « Elle souffrait de terribles maux de tête. Elle a dû passer un scanner. » Les médecins pensaient qu’elle avait une tumeur. Mais quand ses parents se sont finalement séparés, les maux de tête ont disparu.

Ces dernières années, son père a gagné sa vie en vendant ses vêtements sans qu’elle le sache. Leur relation est intacte – il a dit qu’il avait tout remis en ordre il y a des années – mais effilochée. Quelques jours plus tôt, il lui a envoyé un message qui était juste des prix de choses – des meubles qu’il voulait qu’elle achète pour sa nouvelle maison. « Ça va, » dit-elle « Je donnerais n’importe quoi à mon père. Ce n’est pas difficile pour moi de l’aider avec ça. C’est juste que – purée, Papa. Salut »

Rihanna dit que si elle n’était pas devenue chanteuse, elle aurait pu devenir psychologue, et elle a sûrement un grand sens de l’empathie. « En fait, je me sens mal pour mon père. Il a subi des violences aussi – il était battu par son beau-père quand il était jeune. Il a du ressentiment envers les femmes parce qu’il sent que sa mère ne l’avait jamais protégé, et malheureusement, ma mère a été victime de tout ça. Je ne lui cherche pas des excuses. Le bien est le bien et le mal est le mal. Je lui reprocherai toujours ça. Mais je peux comprendre la source. »

À ce stade de sa carrière, Rihanna est pratiquement une industrie à elle seule. Elle a conclu des contrats avec Nike, Gucci, CoverGirl et Clinique, sans parler de son propre parfum, Reb’l Fleur (qui sent bon sur elle). Pour son dernier album, « Loud », elle et L.A. Reid ont rassemblé un bataillon de professionnels de la chanson – compositeurs, musiciens, chanteurs de démos – et les ont installés dans des studios de Los Angeles durant deux semaines pour écrire des chansons spécialement pour elle. L.A. Reid estime qu’ils étaient environ 50 et ont fait environ 200 chansons. Les meilleurs titres ont atterri sur l’album (une des chansons a été donnée a Usher, « DJ Got Us Fallin’ in Love »).

Aujourd’hui, Rihanna est sur un tournage à Hollywood, pour étendre encore plus sa marque. Elle est l’élément central de la campagne anniversaire des 100 ans de Nivea, un coup marketing de 1,5 milliards de dollars qui inclut des spots télé et des sponsors sur sa tournée estivale. Aujourd’hui, elle est en train de filmer le clip de son prochain single « California King Bed », que Nivea soutient en échange de l’utilisation de la chanson dans ses publicités, Jay-Z est dans l’immeuble aussi, montrant son soutien en fumant un cigare. Mais tant que Rihanna n’est pas prête, Hov [surnom de Jay-Z] doit attendre.

« Quoi de neuf les mecs ! » dit Rihanna tout en traversant le plateau, avec sa chemise de nuit flottante et des sous-vêtements en dentelle blanche, recontrant beaucoup de succès devant un groupe de garçons en bermuda. Elle est sur le point de tourner quelques scènes au lit avec Nathan, un mannequin qu’elle a sélectionné elle-même parmi une liste de candidats sur Internet. Il y avait en fait deux finalistes, alors ils sont venus la veille sur le plateau pour montrer à Rihanna leurs abdominaux. Les abdominaux de Nathan ont gagné.

Aujourd’hui, elle l’accueille par une poignée de main et un brise-glace: « Salut, moi c’est Rihanna, enchantée. Pas d’érection. ». La caméra tourne, et pendant qu’ils sont étendus, se caressant dans le lit, sa chanson retentit dans les enceintes. Une lente, sexy ballade parlant de peau contre peau, qui inclut une phrase risquée à propos de passer « une dernière nuit sur ces draps » – qui n’est probablement pas une référence à la crème Nivea.

Conformément à l’image, Rihanna a parcouru du chemin depuis la jeune fille des îles au doux visage en débardeur et en jupe en jean, jusqu’à, dans sa dernière incarnation, une punky, coquine déesse du sexe, gémissant à propos de « sexe dans l’air » et comme « j’aime la manière dont tu me tires les cheveux ». Le lendemain soir, au cours d’un dîner aux chandelles à Beverly Hills (spaghettis), elle se livre encore plus.

« J’aime prendre les commandes, mais j’aime aussi être soumise, » dit-elle. « Être soumise dans la chambre est vraiment amusant. Tu deviens une petite madame, qui a quelqu’un de macho en charge de tout. Je trouve ça sexy. Je travaille beaucoup et je dois prendre de nombreuses décisions exécutives, alors quand ça devient intime, j’ai l’impression d’être une fille normale. »

Qu’aime-t-elle d’autre ? « J’aime recevoir des fessées. Être attachée est fun. J’aime quand on garde le spontané. Des fois, les cravaches et les chaînes peuvent faire trop préparé – il faut s’arrêter, aller chercher la cravache dans le tiroir en bas…je préfère quand il utilise ses mains. » Elle poursuit sur l’histoire d’un récent arrêt dans un sex shop à Sydney appelé « The Toolshed », qu’elle a quitté avec deux sacs pleins de cravaches, de bandeaux et de sex toys. La chose à retenir ? « Ne jamais aller dans un sex shop éméchée. »

Tout cela pour parler de douleur et de domination, en poussant un peu la chose et du frisson transgressif qu’elle a en devenant mauvaise. Mais c’est aussi une manière de se défendre. Parce que s’il y a une chose connue à propos de Rihanna c’est bien celle-là : la nuit avant les Grammy Awards 2009, son petit ami de l’époque, Chris Brown, l’a attaquée dans sa Lamborghini louée, l’étouffant jusqu’à ce qu’elle perde connaissance et la laissant meurtrie sur le côté de la route. Les photos de la police qui ont été divulguées après cette attaque, la montrent avec un visage enflé et ensanglanté, avec des coupures et des bleus sur le front et les lèvres.

Dans les mois qui ont suivi, Rihanna dit, « Je me suis tellement protégée. Je ne voulais pas que les gens me voient pleurer. Je ne voulais pas que les gens se sentent mal pour moi. Ça a été une période de ma vie où j’étais très vulnérable, et j’ai refusé de laisser transparaître ça. Je voulais qu’ils me voient comme « Je vais bien, je suis solide » J’ai continué à montrer ça jusqu’à ce que ça devienne vrai. ». Elle adopta un ricanement moqueur et s’habilla tout en noir et sortit « Rated R », un ensemble de chansons graves à propos de meurtres et de revanches. Entre temps, deux de ces plus grosses participations – avec Eminem sur « Love The Way You Lie » et avec Kanye West sur « All Of The Lights » – sont toutes les deux des chansons sur des hommes abusifs et des femmes qui les aiment, ce qui est plutôt une déclaration audacieuse.

Et maintenant « Loud » sort, plein de paroles à propos de la limite floue entre le sexe et la violence. « Les bâtons et les pierres peuvent casser mes os, mais les chaînes et les cravaches m’excitent » « J’aime quand c’est brusque » « La douleur est mon plaisir » et peut-être de manière plus révélatrice, « Peut-être que je suis masochiste ».

« Je pense que je dois être un peu masochiste » dit-elle ce soir. « Ce n’est pas une chose dont je suis fière et ce n’est pas quelque chose que j’avais remarqué jusqu’à maintenant. Je pense que c’est courant chez les personnes spectatrices de violences dans leurs foyers. Ils ne peuvent pas sentir comme une rose peut être belle à moins d’être piqué par une épine. » Elle pense que ça explique son attrait pour les tatouages (14 en incluant un crâne avec un nœud rose à l’arrière de sa cheville gauche, un révolver sur la droite de sa cage thoracique, et les mots « Jamais un échec, toujours une leçon » sur sa clavicule), ainsi que sa relation « amour-haine » avec les médias; et le fait que les moments les plus noirs de sa vie ont servi à alimenter le public. « Quand je pense à ça, je prends un peu de plaisir dans ces choses négatives, » dit-elle. « Je ne veux pas dire que ce sont des choses qui m’excitent… mais pourtant, elles m’excitent. »

Après l’attaque, elle a rencontré un thérapeute une seule fois, juste avant l’interview avec Diane Sawyer. « Je ne pense pas l’avoir vu assez, » dit-elle « J’étais « Vous ne pouvez pas m’aider. Je dois comprendre moi-même d’abord. » » Et en fait, c’est elle qui a fait le travail. « C’était surtout de me raconter l’histoire dans ma tête, en faisant comme si c’était quelqu’un d’autre. J’ai commencé à juger les choses telles qu’elles étaient, au lieu d’être trompée par mon coeur. »

En février dernier, elle a autorisé le juge à lever la peine de Chris Brown de ne pas l’approcher qui a été mise en place depuis 2009. Quand une bloggueuse nommée Sandra Rose a critiqué sa décision en ligne en disant que c’était « une honte envers les fans qui l’aiment, » Rihanna lui a répondu brusquement « J’aurais voulu qu’il te batte TOI, juste pour voir ce que c’est d’être bouleversée.», a-t-elle écrit sur Twitter. « Mes fans ne se préoccupent pas d’un ordre de restriction et moi non plus. »

« Beaucoup de gens deviennent courageux derrière un écran d’ordinateur, » dit-elle aujourd’hui. « J’ai compris – c’est une bloggueuse, peu importe. Mais quand elle a tiré des conclusions sur ma vie personnelle, ça m’a vraiment fait chier. C’est ma décision. Vous ne prenez pas ces décisions pour moi. Ça ne veut pas dire que l’on va se marier demain. Ça ne veut pas dire qu’on va être ensemble, se réconcilier, ou même se reparler. C’est juste que je ne voulais pas aller contre le juge. »

Elle nous dit qu’elle n’avait pas eu des nouvelles de Chris Brown, et qu’elle n’en attendait pas non plus. On n’a pas besoin de se reparler. C’est juste que je ne voulais pas que ça lui complique sa carrière. Ce qu’il m’a fait était quelque chose de personnel – ça n’a rien à voir avec sa carrière. Qu’il ne puisse pas m’approcher à moins de 30 mètres, qu’il ne puisse pas chanter durant les cérémonies de récompenses – c’était devenu difficile pour lui. C’était la seule chose qui allait changer donc ça m’était égal. Mais tu ne peux jamais satisfaire tout le monde. Un coup j’en fais trop et la minute d’après je suis une idiote parce que je ne suis pas assez dure. »

C’est dimanche aujourd’hui – son seul jour de repos de la semaine. Il pleut en Californie du Sud ; Rihanna dort jusqu’à midi, se cuisine des pâtes, regarde quelques émissions télé, regarde « Due Date » pour la neuvième fois. Et pour la première fois depuis longtemps, elle regarde simplement la pluie tomber à l’extérieur.

Finalement, elle met un débardeur noir, une paire de Louboutin avec des talons de 13 centimètres et s’en va dans un bar à Beverly Hills pour boire une vodka tonic et parler de son futur. Elle veut faire un magazine de mode et une ligne de vêtements. Elle jette aussi un œil sur Hollywood : en mai prochain elle apparaîtra avec Liam Neeson dans son premier grand film, dans le rôle d’un soldat de la Navy experte en armes dans l’adaptation du jeu Battleship. Elle a passé trois mois à filmer à Baton Rouge, en Louisiane, et à Hawaii, avec en plus 18 heures par jour passées sur un bateau avec 350 personnes et une seule toilette. Le réalisateur Peter Berg se souvient, « J’allais parfois la voir pour lui demander « Es-tu vraiment capable de faire ça ? » Et elle se moquait de moi. Elle disait qu’elle était vraiment contente de ne pas avoir à conduire le bateau – de ne pas avoir à piloter cette énorme machine Rihanna. » Mais bien entendu, elle était toujours en train de piloter la machine Rihanna, et toutes les pièces qui la constituaient.

« Ce n’est plus l’industrie de la musique maintenant » dit le manager Jay Brown, « C’est l’industrie du divertissement. Le but n’est plus d’être seulement un artiste, mais d’être une marque. »

Il faut donc pour ça la rendre moins secrète. « J’ai toujours ressenti qu’il y avait un grand fossé entre moi et mes fans, » dit Rihanna. « Ils connaissent mon nom, savent à quoi je ressemble, comment je m’habille, comment je parle. Mais il n’ont jamais été connectés à ma personnalité. Ils ne savent pas si je suis quelqu’un de gentil ou une salope. Ils ne m’ont jamais connue. »

Ce qui nous ramène à Robyn. Pour elle, Rihanna est juste un spectacle, comme la puberté, qui a commencé dans un studio d’enregistrement il y a six ans et qui le fera jusqu’à ce que ça dure. En attendant, elle pense toujours à elle comme Robyn. « Robyn est la brique de mes fondations, » dit-elle. « C’est sur quoi je me repose. C’est avec ça que j’ai grandi, mon enfance, la Barbade, les gens proches de moi. Tout ce qui est familier. Les gens connaissent Rihanna par ma musique. Mais si tout cela disparaît demain, je me considèrerai comme Robyn. »

Une pause. Ces yeux.

« Mais la vie de Rihanna est vraiment géniale ! »