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Interview avec « Vogue »

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Dans cette interview au magazine « Vogue », de nouveaux détails sur le tournage du film « Battleship » sont révélés, agrémentés de commentaires de Peter Berg, producteur de ce film, sur le choix de Rihanna. On retrouve ici des questions sur la relation que Rihanna entretient avec son père; une mini-interview de Mariel Haen, la styliste de Rihanna, qui nous parle de la star et du fashion, … L’interview retrace en outre la carrière complète de Rihanna, de ses débuts en Barbade jusqu’à aujourd’hui.


Regarder Rihanna fendre la foule du Staples Center un mercredi soir de janvier au cours d’un match opposant les Los Angeles Clippers aux Miami Heat, c’est un peu comme regarder un petit animal innocent au milieu d’une meute de loups. Même les gentlemen se mettent à l’épier, se léchant les babines, tombant presque les uns sur les autres alors qu’elle passe devant eux avec son jean bleu moulant et ses chaussures Louboutin, ses cheveux formant un petit bonnet rouge recouvrant son front jusqu’à ses lunettes noires cachant ses yeux noisettes brillants.


Pendant ce temps là, nous avons rejoint nos places du premier rang, où il est à parier que la star prendra place. Ses cheveux sont tout le contraire d’un déguisement; en effet, c’est un point fluorescent dans une mer de couleur et de bruit. Il y a déjà longtemps que les cameramen l’ont repérée, et sa tête apparait pendant quelques secondes à l’écran, provoquant une vague de murmure – Rihanna, Rihanna, Rihanna – se propageant dans les rangs. Quand elle réalise qu’elle occupe tout l’écran au dessus de nous, elle enlève ses lunettes de soleil, lance ce doux sourire et fait un signe aux fans enthousiastes.


Peut-être que tous les yeux sont sur Rihanna, mais au cours des pauses du jeu – par lequel elle a l’air absorbé, acclamant LeBron James et Dwyane Wade le plus fort possible – elle tourne à son tour ses « rayons lasers » vers le public. Une femme portant de la fourrure passe devant ses yeux, et je réussis à saisir quelques mots de ce que dit Rihanna : « Regarde la ! » dit-elle perplexe, les yeux grands ouverts, avec un accent barbadien soudain très prononcé. « Tu penses vraiment qu’elle a besoin de porter de la fourrure de la tête aux pieds pour venir à un match de basket alors qu’il fait 21° dehors ? »


Rihanna crée instantanément une relation de complicité alors qu’elle partage son gros paquet de pop-corn et analyse minutieusement la foule. Pendant une pause, elle porte son attention sur une personne chargée de la sécurité sur le terrain. « Ce gars a l’air inquiet » et juste après : « Essayons de le faire rigoler un peu ». Elle le fixe durement et longtemps, et quand il la regarde finalement il a d’abord l’air effrayé: «Est-ce qu’elle me regarde vraiment ?» Mais peu à peu, un sourire timide se dessine sur son visage, et il finit par rire. Gagné !


Rihanna montre trois femmes assises côte à côte avec des styles de cheveux, tous blonds, identiques, et conclut rapidement: «Celle-ci, c’est la mère dit-elle. Celle qui est à côté d’elle est sa fille, et l’autre est la meilleure amie de la fille.» Elle lance un nouveau regard rapide. «La fille a choisi ce style en premier, et les deux autres l’ont copiée.» Elle s’arrête de parler un instant. «Elles sont comme trois Barbies identiques.» Et là, sorti de nulle part, elle enchaîna avec un accent californien marqué:


«J’adore observer les gens, me révèle-t-elle plus tard. J’adore vraiment les regarder, les observer et pouvoir les comprendre, la raison pour laquelle ils portent ces vêtements, la raison pour laquelle ils sourient de telle ou telle manière.» Sa capacité à percevoir joue en quelques sortes le rôle d’un bouclier, car aussi provocante que Rihanna peut l’être, il y a quelque chose de fort et robuste autour d’elle. L.A. Reid, le dirigeant et PDG de son label, confirme : « Elle est devenue une star avant de devenir une adulte. Sa nature est de se protéger. » Par exemple durant le match, ce que les caméras et les fans ne peuvent pas voir est la très fine chaîne en or autour de son cou avec au bout un tout petit et très enchantant « FUCK YOU ».


C’est exactement cet aspect de sa personnalité – ce mauvais genre enjoué – qui lui a permis d’obtenir son premier rôle dans « Battleship », un film d’action prévu pour cet été, basé sur un célèbre jeu américain conçu par Hasbro; et dirigé par un ancien acteur devenu directeur, Peter Berg (Friday Night Lights). Affichant aussi la participation de Liam Neeson, Alexander Skarsgard et Brooklyn Decker, le film suit une flotte américaine qui affronte une armée dirigée par des aliens et qui s’engage dans une bataille tout-à-fait passionnante et déterminante pour la vie humaine sur mer. Le film n’est pas prévu avant mai 2012, mais il fait déjà des vagues : le directeur du film Avatar, James Cameron, a déclaré que les prémices d’un film basé sur un jeu « dégradent le cinéma ». Quand je demande à Berg son avis sur ces critiques, il répond ironiquement: « Je suis un grand fan de James Cameron, et comme d’habitude, je le remercie pour son soutien. »


Berg recherchait une actrice capable de jouer la drôle, dure, sulfureuse et bagarreuse Cora Raikes; officier de la marine, et « pour certaines raisons, dit-il, le nom de Rihanna m’est venu en tête ». Il a été tout d’abord intrigué par le personnage que l’on rencontre dans ses clips. « Mais quand vous la voyez en vrai, dit-il, il n’y a absolument aucune ressemblance avec la super-diva sexy que vous voyez dans les clips. D’après moi, c’est une personne inventée de toute pièce. Je ne dis pas que ce n’est pas une fille super sexy, mais il y a bien plus que ça à savoir à son propos. Il n’y a aucun doute qu’elle se donne un rôle. » Et après, il a vu le sketch hilarant réalisé pour « Saturday Night Live », « Shy Ronnie », dans lequel elle est apparue avec Andy Samberg l’année dernière, représentant dans son jeu sa propre image. «J’ai pensé… Wow, cette fille a tout simplement un don d’actrice inné ! dit Berg. » Il pense que son risque sera récompensé. «Elle a très bien réussi à s’imposer – les gens vont être surpris, révèle-t-il. Pour faire simple, elle a tout cassé ! »


Pour jouer une spécialiste des armes, Rihanna a dû faire mine de savoir un truc ou deux à propos du tir d’un M4, sans mentionner qu’elle a du filmer dans un confort apparent 14 heures par jour sur un bateau au large des côtes de Hawai. «Elle a dû se mettre sur un canot pneumatique de 5,50m et a dû rester derrière une arme pendant 6 heures alors qu’il y avait une houle de près de 2 mètres ! raconte Berg. Nous avions des sauveteurs sur des Jet Ski et des personnes armées pour éloigner les requins, car il y en avait quelques-uns dans les parages.»


Rihanna a apprécié chacune des minutes de peur. «Il y avait tous ces gens, ces caméras, et ces gros crânes au milieu de l’océan, dit-elle. Et j’ai dû faire quelques scènes d’action, c’était vraiment incroyable. J’ai adoré – et tout particulièrement le plongeon dans l’océan. »


Pas besoin de préciser que Rihanna a dû se montrer dans la meilleure condition physique de sa vie. Elle n’est plus cette adolescente de 16 ans qui peut manger ce qu’elle veut – ce qui serait, si on lui laissait le choix, de la nourriture industrielle et des pâtes. Mais heureusement, son entraîneur, Ary Nunez, un athlète sponsorisé par « Nike » et plusieurs fois ceinture noire, est là pour la maintenir en forme devant ces caméras. Nunez a habitué la star – qui décrit sa silhouette comme une rencontre entre Nicole Kidman et J.Lo – au RealRyder (un vélo muni de bar de soutien latérale) pour renforcer son corps. Nunez accroche aussi des poids aux mains de Rihanna, pour qu’elle soit multitâche. La stratégie principale de l’entraîneur a été d’accélérer le rythme des séances, car comme Rihanna l’admet, « Je déteste aller à la gym et faire ça de façon archaïque. Je déteste tout ce qui est trop redondant, trop familier. Ça m’énerve vraiment très, très vite.»


Même si Rihanna a le genre de corps amazonien que beaucoup de femmes rêveraient d’avoir, elle dit qu’elle n’a commencé à apprécier ses formes que très récemment. «Pendant les vacances, et même pendant le tournage, j’ai réalisé que j’aimais mon corps, même si ce n’est pas parfait. Je me sens juste sexy. Pour la première fois, je ne veux pas effacer ces formes. Je veux juste les raffermir. Mon corps est confortable, et ce n’est pas dangereux pour la santé, donc je vais continuer avec.»


Avec ce corps presque parfait (et bien sûr cette voix charmante), c’est ce sens audacieux – et infaillible – du style qui l’a propulsée au-delà des simples chanteurs de R&B. J’ai pu le remarquer quelques jours après le match, quand Rihanna m’a rejoint à Berverly Hills pour un dîner au restaurant italien « Scarpetta », qui fait partie de ses favoris. Elle portait une robe serrée couleur saumon de TopShop, qui faisait ressortir stratégiquement ces mêmes chaussures Louboutin. En d’autres termes, elle est comme la dernière fille sur terre.


Pour ses deux premiers albums, Rihanna avait adopté un style en accord avec ses origines barbadiennes, avec des jeans décolorés et des chemises en lin. Elle était belle, mais pas très démarquée. Et cela est resté comme ça jusqu’à ce qu’elle coupe ses cheveux très court et les teigne en noir en 2007; ce que tout le monde a remarqué et s’est empressé d’imiter. Cela a rappelé le modèle canadien Linda Evangelista (que Rihanna adore) qui avait coupé ses cheveux et en avait fait une mode à la fin des années 80. «Quand j’ai coupé mes cheveux, toute ma musique a changé, mon style a changé, dit-elle, faisant référence au fait qu’elle ait commencé à s’habiller plus « punk » et assez futuriste. » Et après elle a commencé à changer la couleur de ses cheveux, du noir au rouge en passant par le blond, aussi naturellement que les femmes peuvent changer de chaussures. Comme me l’a confirmé une figure de la mode récemment : « Il n’y a pas beaucoup de femmes capables de teindre leurs cheveux en rouge et sembler toujours aussi cool, aussi belle. » (Sans surprise, cela a maintenant un nom: «Rihanna Red»).


« Ça a plutôt été un challenge de savoir quels looks allaient s’associer avec ses cheveux et non entrer en compétition avec, dit sa styliste, Mariel Haenn, avec qui elle travaille depuis 2006. » La solution qu’elle a trouvé a été de transformer le look de Rihanna vers quelque chose de complètement épuré et féminin, très loin du «style dur dont certains croient être sa signature.»


Rihanna est devenue rien de plus qu’une icône de la mode. Les blogueurs et éditeurs en deviennent fous, qu’elle porte un pull fuchsia court qu’elle associe avec un pantalon orange ou ce costume « Dolce&Gabbana » avec des épaulettes très exagérées qu’elle a décidé de porter à l’occasion du gala du « Met Costume Institue ». «Elle inspire beaucoup de gens, dit Mariel. Elle sait très bien ce qu’elle veut. Et il y a toujours quelque chose de – je ne trouve pas de meilleurs mots pour le dire – très cool. Mais à cause de cette confiance qu’elle a, ça ne ressemble jamais à un costume – s’habiller aussi bien semble être un geste naturel chez elle. »


Rihanna se rappelle qu’elle a commencé à s’intéresser à la manière dont elle s’habille très tôt. «Quand j’avais 14 ans et que j’ai commencé à aller en soirée, je ne voulais jamais ressembler à personne, dit-elle. Du coup je pouvais très bien aller en boîte de nuit en polo, pantalon et Converse, ainsi qu’une casquette en arrière, juste pour ne pas être habillée comme les autres. Et je désespérais d’avoir des vêtements non-disponibles en Barbade. Je découpais même dans les magazines, obsédée par la création d’un montage avec différents vêtements, et la façon dont ils étaient associés.» Et que pense-t-elle de la mode maintenant ? « Il s’agit plus de prendre des risques. Quand j’assemble plusieurs looks différents, c’est comme un défi avec moi-même pour que tout aille bien ensemble. Je recherche toujours la silhouette la plus intéressante, ou quelque chose d’un peu surprenant, mais cela est très calculé. Tout cela doit être moi. Je pense que c’est ce qui fait sensation dans le monde de la mode.


Rihanna reste très liée avec son pays d’origine. Elle garde de très bon contact avec sa mère, qui vit toujours en Barbade et qui tient un magasin de vêtements. « Ma mère est la meilleure, dit-elle avec un sourire. Je crains qu’elle soit en quelque sorte une Superwoman. Elle pardonne facilement mais n’est pas du tout quelqu’un que vous pouvez duper. Elle a une de ces énergies… c’est hors du commun. Elle se promène toujours avec des talons aiguilles. Mais qu’est-ce que tu fais maman ? Tu as 51 ans !» Rihanna est aussi très attachée à ses deux jeunes frères – Rorrey, 21 ans, et Rajad, 14 ans. «Rorrey est le meilleur, dit-elle. Je l’aime tellement, et je commence à avoir de l’admiration pour lui dans certains cas, c’est fou ! Et mon petit frère est comme mon fils. »


Rihanna détient peut-être le prestigieux titre d’ambassadrice de la Jeunesse et de la Culture de son île natale, mais elle a eu elle-aussi une enfance difficile. Ses parents, Monica Braithwaite et Ronald Fenty, ont divorcé quand elle avait 14 ans. Son père, qui a maintenant 57 ans, a été un accro à la drogue pendant de nombreuses années. Il a récemment révélé à un journaliste que sa fille, Robyn (comme on l’appelait à cette époque), était rentrée une fois sans prévenir alors qu’il prenait de la drogue. « Elle n’était qu’une petite fille et son regard sur moi a depuis changé, dit-il. A peu près à la même période, on était en train de se promener dans la ville avec les enfants et il y avait un SDF dans la rue. La mère de Robyn lui a dit: ton père finira comme ça. »


Rihanna a réagi à ce traumatisme comme beaucoup d’autres enfants réagissent: en étant une fille sérieuse. «Une des mes meilleures et moins bonnes qualités est de tout cacher, dit-elle. Peu importe ce qu’il se passait à la maison, personne ne le savait à l’école, personne n’avait de doutes. Je n’ai pas laissé ces évènements prendre le dessus sur mon travail à l’école. C’était toujours ce même sentiment responsable: ce qui se passe à la maison reste à la maison.»


Elle a aussi trouvé un autre moyen d’échapper à tout cela: le monde fantastique de la musique. Elle a découvert qu’elle avait des capacités vocales à l’âge de 7 ans, en même temps que de devenir une fan de Mariah Carey. «J’ai chanté sur beaucoup de chansons de ces divas en fait, dit-elle. Shania Twain, Destiny’s Child. J’adorais vraiment tout de la chanson, le sentiment que cela me procurais. Je faisais asseoir mes amis et utilisais une brosse à cheveux pour micro. Je faisais mine de jouer dans des clip vidéos. La minute où j’ai découvert ça, c’est devenu une obsession. »


Elle avait 15 ans quand elle a formé un trio avec des amis d’école et par une chance inouïe, le producteur et compositeur Evan Rogers, qui était en vacances en Barbade avec sa femme, les a vues chanter lors d’un spectacle. Sa réaction, encore célèbre, a été: «La minute où elle est arrivée dans la salle, c’était comme si les deux autres filles n’existaient pas.»


A 16 ans, Rihanna est venue vivre avec les Rogers à Stamford dans le Connecticut. Avec son aide et celle d’un collaborateur, Carl Sturken, elle enregistra une démo de 3 chansons, avec entre autre son futur hit, « Pon de Replay ». La démo a atterri dans les mains de Jay Brown, qui travaillait à Def Jam, où Jay-Z était président. «J’ai arrêté la chanson au milieu, dit Jay Brown, qui est maintenant le manager de Rihanna. Et je me rappelle avoir dit quelque chose comme: si elle est aussi belle que ses chansons, je la ferai signer ! » Elle n’avait pas encore 17 ans à ce moment là.


Quand Jay-Z a entendu la chanson, il se rappelle avoir dit: « Wow, c’est super ! ». « C’était en fait trop bon pour une nouvelle artiste, dit-il. J’avais un peu peur qu’elle devienne seulement la fille qui chante « Pon de Replay ». Mais quand elle est arrivée dans nos bureaux, j’étais tout simplement impressionné. Elle avait ce regard dans les yeux, cette détermination, qui aurait aussi bien pu glacer toute la salle d’un coup.


L’approche que lui a enseigné Jay-Z dès le début – «Tu montres et prouves sans relâche que tu peux faire de la bonne musique, n’importe quand » comme il dit – définit toujours la carrière de Rihanna : la vitesse étonnante avec laquelle elle enregistre et sort de nouvelles musiques. Elle a publié 5 albums en ce même nombre d’années – du jamais vu – et a vendu plus de 45 millions d’albums dans le monde. Depuis l’été 2005, elle a réussi à hisser 9 singles à la première place des charts mondiaux – bien plus que n’importe quel artiste en si peu de temps.


Rihanna s’est apparemment habituée à cette folle allure. «Je pense qu’elle a été atteinte par ce virus de la musique et qu’il ne l’a depuis jamais quittée, dit Jay-Z. Cette incroyable déferlante de numéros 1. On a lancé la machine, tout en sachant qu’elle pourrait soutenir le rythme. Mais ensuite, avec son troisième album, « Good Girl Gone Bad », elle a pris le contrôle. Elle s’est coupé les cheveux et a dit : C’est grâce à vous les gars ! »


Quand je raconte ça à Rihanna, elle rigole : «C’est vraiment marrant, je pense que ce que Jay-Z essaie de dire est que je ne suis pas entrée dans ce business complètement formée. Je n’avais aucune expérience, je ne savais rien. Alors quand ils ont commencé à me dire: OK, il va falloir que t’ailles dans une centaine de lieux différents tous les jours, je l’ai tout simplement fait car je croyais que c’était ce que j’étais supposée faire. Alors après avoir goûté à cette vie quelques jours, je leur ai dit: OK, si c’est ce que je dois faire pour avoir du succès, alors je le ferai. » Et je continue à le faire car j’en ai vraiment envie. » La dernière chose qu’elle voulait était de revenir en Barbade en tant que professionnelle des numéros un: « C’était vraiment tout ce dont je rêvais. Tout ça. Je devais prouver aux gens ce que je valais. Et single après single, je ne l’ai jamais oublié – ce moment où tout peut s’écrouler. C’est comme si tout pouvait s’effondrer aussi vite que c’était venu. »


Si on met l’ambition de côté, Rihanna doit la majeure partie de son succès à son incroyable voix caractéristique, un alto qui est plus contenu que limité. Des refrains harmonieux plutôt que vantards, ça donne même une profondeur aux titres les plus prosaïques. L.A. Reid, qui n’est autre que le créateur de la mode musicale actuelle, pense que la voix de Rihanna « est tout ce que vous voulez entendre à la radio. Sa voix est comme le Coca-Cola, vous pouvez être sûr de la retrouver à chaque fois. »


Si il y avait bien un goût de déjà entendu dans les débuts de carrière de Rihanna – comme une starlette prise dans les griffes d’Hollywood, elle était entourée d’hommes plus vieux prenant les décisions pour elle – elle a évolué vers quelque chose qui s’est perdu dans cette période de médiatisation folle: Rihanna a un ancien air de mystère autour de sa personne: « Je pense que ce qui a fait que Rihanna est devenue une star est presque la même chose que ce qui a fait naître les stars des années 70, quand les stars avaient quelque chose de mystique, dit Reid. Je l’imagine comme une Diana Ross moderne. Elle était une icône de mode qui faisait de belles chansons et avait une belle voix, et elle était poussée par cette fraternité musicale incroyable. Et c’est ce que Rihanna est. Et je pense que c’est la clé de son succès. »


Trois semaines après le match des L.A. Clippers, habillée très simplement (d’après ce qu’elle dit) mais pourtant aussi elle-même que d’habitude, je rencontre Rihanna pour un déjeuner dans le hall d’un hôtel de Beverly Hills, habillée avec une veste Balmain noire croisée ayant un aspect militaire, un collier de bronze noir en V de chez Gaultier, un jean et une paire de bottes en cuir, sans lacets et l’attache ressortant. Ces cheveux rouges déjantés ont été transformées en une centaine de frisotis en tire-bouchon allant dans toutes les directions.


La conversation commence bien, elle me raconte qu’elle veut créer un magazine en ligne pour «les jeunes filles pleines d’aplomb – ce qui les représente presque toutes. » Elle parle de la création d’une ligne de vêtements. Et ensuite de sa maison avec 12 chambres qu’elle a acheté au mois d’avril 2010 et dans laquelle elle emménagera bientôt, un palace moderne perché quelque part haut dans les collines – sa première véritable maison. «Je n’ai rien trouvé pendant 2 ans, et celle-ci était bien au-dessus du prix que je m’étais fixé, mais je l’ai adorée.» A quoi elle ressemble ? «Elle est toute blanche, dit-elle. » Mais avant que je puisse envisager de changer de sujet, elle ajoute: «Il y a un chandelier pour armes au milieu du salon.» Elle me décrit le design intérieur: «Dans une chambre, j’ai cette énorme peinture en noir et blanc de Bob Marley, et le papier peint est vert, jaune et rouge, les couleurs du drapeau africain.»


Quelques semaines plus tôt, Rihanna m’a parlé à cœur ouvert de ses relations difficiles avec son père. Elle me dit maintenant que depuis la dernière fois qu’on s’est vu, il a conclu un accord financier avec un tabloïd, lavant son linge sale dans leurs pages et leur permettant de publier quelques anciennes photos de son enfance. Je peux voir sur son visage qu’elle est toujours stupéfaite et qu’elle en souffre. «Je me pose vraiment des questions à propos du point de vue de mon père sur ce que je suis devenue. Comme par exemple, qu’est ce que je signifie pour lui ?» Sa voix la trahit. Elle détourne son regard et quelques larmes coulent sur sa joue. «C’est vraiment étrange. C’est le seul mot qui me vient à l’esprit pour décrire cette situation, car tu grandis avec ton père, tu le connais, tu es une partie de lui-même, pour l’amour de Dieu ! Et ensuite il fait quelque chose de tellement étrange que tu ne peux pas t’empêcher d’y penser. On entend souvent des histoires horribles de personnes qui disent du mal des autres dans leurs dos et qui font des choses bizarres, mais tu penses toujours, pas ma famille. Mon père ne me ferait jamais ça… »


Malheureusement, son père l’a effectivement fait: pour la première fois depuis l’agression de sa fille par Chris Brown la nuit juste avant les Grammys, il y a deux ans. «C’était la première fois, dit-elle. Mon père a raconté à la presse des tas de mensonges. Parce qu’il ne m’avait pas parlé après… tout ça… Il ne m’a jamais appelée pour savoir comment j’allais, si j’étais en vie, … Rien. C’est simple, il n’a jamais appelé. Il est juste allé droit vers la presse et a pris son chèque. Et il recommence encore aujourd’hui. Maintenant je pense: peu importe. J’aurais essayé.»


Ça a été dur d’en venir à cet incident mais maintenant, c’est sur la table. Alors que nous parlons, il est clair que Rihanna a saisi ces temps noirs comme une opportunité d’apprendre et grandir. «En fait, ça a été comme une libération, dit-elle. Je veux dire… j’ai été capable d’explorer l’aspect personnel de ma musique. J’ai commencé à raconter des histoires au travers de ma musique qui étaient en fait mes histoires. Sur l’album d’avant, il y avait toujours de la protection, comme une sorte d’innocence. Et ce qu’a apporté ce moment dans ma vie était un peu comme réveiller les gens: tout n’est pas rose. Ma vie est comme la vôtre.» Comment cela a-t-il changé vos projets ? «J’ai pu discerner le monde de plus haut, dans sa totalité car ma vie s’est soudainement aggravée; tous les regards étaient portés sur moi. J’avais besoin d’apprendre à dire ‘Va te faire voir’. D’apprendre à garder la tête haute même dans la pire des situations. J’utilise toujours le mot Unapologetic (ne pas vouloir s’excuser). Mais il y a une certaine liberté qui est ressortie de tout ça. Celle de ne pas ressentir d’avoir le besoin de s’excuser pour ce que vous êtes. »


Je me rappelle maintenant du collier, le petit éclat de colère, la déclaration d’indépendance, fait sur mesure et en or, qui pend autour de son magnifique cou. « Je pense que c’est ce qui a le plus choqué les gens à propos de Rated R – l’album de 2009 qu’elle a co-écrit qui parle très largement de sa relation avec Chris Brown. Parce que c’est venu d’un endroit plus agressif de mon être. C’était plus noir, plus agressif, plus représentatif de ma colère. Je ne peux pas chanter des sons joyeux si je ne le suis pas. Même au niveau du look, ce que je porte. Mais j’ai rapidement pu entrer en paix avec moi-même, sur ce que je suis et ce que je veux faire dans la vie. Je ne pouvais pas m’arrêter à toute cette peine, toute cette colère, car je savais que ce n’était pas moi. Du tout. »


Pendant un long moment, elle a été en couple avec Matt Kemp, le batteur des Dodgers, mais Rihanna n’a pas vraiment eu de relations sérieuses depuis. « Je me suis quelque peu retiré de ça, dit-elle. Je laisse les choses passer. Je ne veux pas toujours dépendre d’une relation. Je pense que trouver l’amour est quelque chose de très compliqué. C’est magnifique. Rien ne peut l’égaler. Mais je dois absolument trouver quelque chose d’autre dans ma vie que j’aime… autre que l’amour. » Elle rigole. Entre temps, elle semble avoir exploré la partie plus sombre des désirs au travers de sa musique. La chanson avec Eminem nominée pour les Grammys s’appelle en effet « Love the Way You Lie » (j’adore ta façon de mentir).


Peu importe le prix qu’elle a dû payer de sa personnalité, Rihanna a maintenant l’impression qu’elle est beaucoup plus connectée avec ses fans. « J’ai l’impression qu’ils me comprennent maintenant, c’est quelque chose pour laquelle je me suis battue toute ma carrière, qu’ils savent qui je suis vraiment. »


Néanmoins, ils ne comprennent pas toujours tout. Notamment avec son dernier clip vidéo, « S&M », qui est une description précise de sa relation avec la presse, qui a été mal compris.


« On peut comprendre la chanson de manière très littérale, mais c’est en fait une chanson très métaphorique. C’est à propos de la relation d’amour/de haine avec les médias et comment la souffrance peut devenir un plaisir pour eux. Nous avons utilisé ça – ou plutôt, je l’ai utilisé. Et c’était un message très personnel que j’ai essayé de faire passer. Je voulais que le clip joue le rôle du messager, mais tout en gardant cette couverture du sadomasochisme. Et finalement, les gens sont devenus fous. Ils ont juste vu le sexe. Et quand je regarde cette vidéo, ce n’est pas du tout ce que je vois. Je voulais que ça soit provocateur, et rien d’autre. »


Plus Madonna que Beyoncé, Rihanna est une provocatrice de nature. « La culture de la Pop change, dit-elle. Ça devient plus Rock’ n’ Roll. Et les icônes de la pop ont aujourd’hui beaucoup moins peur, sont beaucoup plus provocateurs, et c’est un peu dur à avaler pour beaucoup de personnes. Parce que tous les gens pensent que les icônes de la pop doivent être des modèles, mais ça devient aujourd’hui presque impossible. J’ai débattu sur cette idée avec moi-même et j’en suis venue à la conclusion que je peux seulement vivre ma vie pour moi seule. Je veux vraiment aider et apprendre aux petites filles dès que je peux, mais après cela il y a aussi le personnage que je dois jouer dans mes clips pour raconter des histoires. C’est l’art. Et beaucoup de rôles que je joue ne sont pas représentatifs de ce que je pense dans la vie réelle. Mais il est difficile de faire la différence parfois.


Pour Rihanna, trouver la liberté de s’exprimer n’a pas seulement signifié prendre les rênes de sa carrière mais aussi devenir une artiste dans toute sa légitimité. « A la minute où j’ai découvert cette liberté et que j’ai commencé à jouer avec, j’ai tellement aimé que ça me semblait réel la première fois. Quand quelque chose semble réel, tu ne t’en excuses pas. Quand ça te semble être bien, rien d’autre ne compte. Tout le reste n’est que du bruit. »