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Interview avec « Vogue »

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En octobre 2012, nous avons pu découvrir les premiers clichés de la séance photo pour le magazine « Vogue US », ainsi que la couverture de ce dernier. Retrouvez la traduction sous-titrée de la vidéo du tournage et la traduction de l’interview :


Rihanna: l’artiste qui ne s’arrête jamais


N’appartenant à aucune catégorie, sans arrêt productive, et adorée par des millions de personnes — la très sexy Rihanna est en train de préparer un nouvel album studio et vit à 100 à l’heure.


Dans les coulisses des « MTV Video Music Awards » à Los Angeles, se joue une version absurde et très coûteuse de la vie dans un lycée. Plus bas, dans un couloir du Straples Center, des musiciens s’activent entre les loges, les rendant semblables à des étudiants qui se précipiteraient de la salle de classe au cours d’algèbre. Taylor Swift, la fille populaire circule dans un tailleur couleur crème, pâle, silencieuse, presque une apparition. Un accent de Nashville remonte le long du couloir en béton – Miley Cyrus, saluant un ami et exhibant fièrement ses nouveaux cheveux blonds qui créent le buzz. Il y a Katy Perry dans une robe noire à fleurs et très décolletée. Il y a les One Direction qui rendent folles les adolescentes. Il y a les filles de l’équipe américaine de gymnastique qu’on a pu voir lors des Jeux Olympiques, ici pour annoncer Alicia Keys. Emma Watson, l’actrice. Pink, la personne. À un moment, il y a du vacarme, et tout d’un coup, Lil Wayne détale sur un skateboard vert. Il est aussi petit qu’un barreur, [et porte] un casque rouge fixé sur ses oreilles.


Puis, derrière une série de portes grises, Rihanna apparait. Elle porte une robe légère rouge Adam Selman avec un legging en cuir assorti Balenciaga, et alors qu’elle rentre dans le hall, une dense foule commence à l’entourer. Rihanna marche tout droit, balayant les visages derrière une incroyable paire de lunettes Jeremy Scott, dont les tempes sont de minis mitrailleuses en or. Des lunettes de dictateur. Il y a à peine quelques jours, Rihanna arborait une coupe garçonne, comme Audrey Herburn dans « Sabrina », mais pour le public, il s’agit encore d’une rumeur, et vu son évolution stylistique très suivie, en fait, voir une nouvelle coupe [de Rihanna] est semblable à la sortie d’un iPhone. « Impulsion du moment, » me dira plus tard Rihanna. « Mes cheveux étaient censées arriver jusqu’à mes fesses ce soir. »


Elle continue à marcher, une basket Air Jordan après l’autre. Rihanna passe par les loges de Taylor, Katy ainsi que par celle de Frank Ocean, la star de R&B montante. Plus tard cette nuit, elle va se retrouver nez à nez avec l’acteur Robert Pattinson, qui est ici pour promouvoir l’épisode final de « Twilight », sans sa co-star Kristen Stewart, avec laquelle il a vécu une séparation terriblement difficile. Récemment, des rumeurs ont annoncé que Rihanna flirtait par textos avec Pattinson. Lorsque je l’ai relayé à Rihanna avant les VMAs, elle était horrifiée et a indiqué que c’était « la pire connerie qu’on est jamais dite, » mais elle semblait également amusée. On ne trouve pas deux autres vies privées dans le monde qui soient autant sujets aux commérages, que Rihanna et Pattinson, et observer leurs rencontres dans le couloir, c’est comme être témoin de la collision des planètes potins. Pattinson baisse sa tête et sourit. Rihanna lui fait un câlin innocent et continu. L’échange ne dure pas plus de trois secondes.


Rihanna ouvre la cérémonie des VMAs avec une paire de chansons — le fringant « Cockiness (Love It) » et son tube palpitant avec le DJ Calvin Harris, « We Found Love ». Côté cour, l’équipe de Rihanna se presse autour d’un moniteur de télévision, en sautant d’excitation sur chaque pas de sa chorégraphie et en jouant des hanches. À la moitié de la chanson, Rihanna jette les lunettes mitrailleuses et fait un clin d’œil à la caméra, et tous, debout devant le moniteur, explosent comme s’ils venaient de gagner le Super Bowl. Il s’agit de Rihanna à son irrésistible essence: un mélange sauvage et coquin avec un côté adorable. Lorsque son medley est terminé, Rihanna retourne à toute allure dans la loge et enfile une autre robe Adam Selman, celle-ci avec un dos plongeant qui révèle la constellation de tatouages en forme d’étoiles [qui va] de son cou à son omoplate droite. Elle prend sa place au premier rang, où elle sera rejointe par une amie d’enfance de Barbade, Melissa Forde, ainsi que Katy Perry, une de ses plus proches amis du show-biz. « Nous regardons juste les gens, » explique Rihanna. Il y a aussi une polémique autour de l’arrivée de son ex, Chris Brown, qui a plaidé coupable pour avoir brutalement agressé Rihanna en 2009, et a reçu, pendant un moment, une mesure d’éloignement. Pas loin de lui se trouvera Drake, qui a été impliqué dans une mêlée de bouteilles brisées avec Chris Brown, dans une boîte de nuit à New York il y a quelques mois. Des douzaines de présentateurs et de multiples performeurs doivent apparaitre, mais on a déjà l’impression que cette soirée va tourner autour de Rihanna. Tout le monde veut être à côté d’elle, voir ce qu’elle fait. Si les VMAs 2012 étaient effectivement un lycée, elle serait sans aucun doute la reine des abeilles [= la leader].


Je l’ai rencontré pour la première fois au Giorgio Baldi, un restaurant italien à Santa Monica, pas loin de l’Océan Pacifique, qui sert de cuisine non officielle de Rihanna, lorsqu’elle est à Los Angeles. Jay-Z, qui a signé Rihanna lorsqu’elle avait 16 ans et que son nom était encore Robyn Rihanna Fenty, lui a présenté cet endroit. (Beyoncé lui a conseillé d’essayer le calamar.) Rihanna rentre à l’intérieur, à l’heure, à 21h. Elle porte un haut à plis en cuir noir Alexander Wang et un pantalon crêpe, un collier camé Lanvin, et une paire de sandales à chaîne créée par Tom Ford. On peut presque sentir la pièce qui s’effondre, alors que les convives [assis] à d’autres tables, tente de ne pas la fixer bêtement. C’est l’effet Rihanna, m’expliquera plus tard Ford. « Avec elle, j’ai les jambes qui flageolent… sérieusement, » dit-il.


C’est la fin de l’été, quelques semaines avant les VMAs, et les cheveux de Rihanna sont toujours frisés et longs, attachés en queue de cheval. Elle commande le calamar plus une bouteille de Pinot Noir, qui apparait avec une hâte comique, comme si un chef et un sommelier étaient cachés sous la table.


« Si je suis en ville pendant six jours, je suis ici six jours par semaine, » dit-elle en parlant du restaurant. « Mais je ne suis jamais en ville. »


Il y a à peine quelques jours, Rihanna était au Japon. Avant cela, en Barbade. Avant cela, sur la côte d’Amalfi, en vacance avec des amis sur un yacht de luxe. Bientôt Rihanna sera à Londres. Puis Paris, puis de retour à L.A, et puis encore à Londres. Ces jours-ci, elle se déplace tellement autour de la planète, que parfois, elle n’arrive pas à se souvenir de certains endroits. Rihanna dit qu’elle s’est retrouvée, un jour, dans une chambre d’hôtel à Tokyo et qu’elle n’avait aucune idée d’où elle se trouvait. « Jen, mon assistante, me réveillait et je lui ai dis, ‘à qui est cette chambre ? Pourquoi je suis dans cette chambre ?’ »


Elle admet qu’elle peut perdre la notion du temps. « Je ne sais jamais quel jour nous sommes », dit elle. « Jamais, jamais. »

Quel jour sommes-nous aujourd’hui ?

Rihanna fait une pause. Elle fait une grimace et commence à faire le son « S ». “Ooh, j’allais dire samedi.” Elle rigole et se corrige. “C’est mercredi. Mercredi.”

Nous sommes bien mercredi. Les spaghettis arrivent. Le vin est versé. Sur le trottoir, les photographes se sont déjà rassemblés, attendant son départ. La nuit dernière, l’un d’eux lui a demandé si elle envoyait des textos à Robert Pattinson.

Elle répond qu’elle est célibataire. « Cela fait une éternité que je ne suis pas sortie avec quelqu’un, » dit-elle. « À peu près deux ans. Ni au cinéma, ni au restaurant. Zéro. »

Allons. Si quelqu’un voulait sortir avec toi —

« J’adorerai avoir un rendez-vous galant, » dit-elle. « Tu n’y penses pas ? Je suis une femme. Une jeune femme, pleine de vie, et j’adore m’amuser. Et à ce stade, j’ai beaucoup trop de vagins qui m’entourent. »

Elle boit une gorgée de vin. « Sérieusement, tout ce que je veux c’est un gars pour me sortir et me faire rire pendant une bonne heure, et remmener mes fesses à la maison. Il n’a même pas besoin de se présenter. Tout ce que je veux, c’est une conversation d’une heure. »

Qu’est ce qui ne va pas?

« Personne ne le demande. Crois-moi. J’attends l’homme qui a assez de couilles pour s’occuper de moi. Mais je vais attendre. Tu trouves toujours de la merde quand tu cherches. »


L’iPhone de Rihanna est placé sur la table, poliment retourné et ignoré. Il ne grouille peut-être pas d’appels de gentlemen, mais le pouvoir rode à l’intérieur. En ce moment, Rihanna a presque 26 millions de followers sur Twitter. C’est à peu six millions de plus que Barack Obama, et plus que « CNN », « MTV » et « ESPN » combinés. C’est hilarant pour elle. On a dû la persuader de tweeter pour la première fois. « Je pensais, ‘qui cela intéressera ?’ Est-ce que je dis, ‘dans la voiture. En train de prendre l’avion’ ? J’étais tellement bouleversée par l’idée. »


À présent, on ne l’arrête plus. Le Twitter de Rihanna est une ouverture en temps réel dans sa, quelque fois, folle vie. On y trouve des phrases qui suscitent l’inspiration, des plaisanteries pour les fans et des séries incessantes de photos Instagram prises dans des pays étrangers et des chambres d’hôtels, sous le nom « badgalriri. » Son langage peut choquer, bien qu’elle essaye d’arrêter [de mal s’exprimer]. Elle tape très souvent le mot « phuck ».


De temps en temps, elle en dit trop. Rihanna a provoqué une brève polémique au printemps dernier lorsqu’elle a envoyé une photo d’elle assise sur les épaules de son garde du corps au festival de musique « Coachella », roulant vraisemblablement un joint sur sa tête. L’affection de Rihanna pour l’herbe n’est plus un secret — quelques jours après les VMAs, elle tweetera la photo d’une main tenant visiblement un joint en face d’une photo d’Audrey Hepburn, avec en légende « Ma chérie A. Hepburn avec Miss Jane [autre nom donné à la marijuana]. » Mais elle a été contrariée par les insinuations provenant des médias qui disaient que la photo de « Coachella » puisse représenter des choses plus dures, sans doute de la cocaïne.


« Ils savaient ce que c’était, » dit-elle à présent. « Ils savaient que c’était de la marijuana. C’était très clair. J’ai trouvé ça déplacé. Je ne consomme pas de la cocaïne. Je n’aime pas être associée à des choses qui sont fausses. »


Dans le passé, une célébrité aurait du ne plus rien faire et prendre la presse mauvaise, publier un communiqué fade, se cacher derrière un publiciste. Rihanna a utilisé Twitter pour passer à l’offensive. Lorsque « MTV » l’a démoli (en tweetant « Argh ») pour les photos de « Coachella », elle les a détruit à son tour, en disant à la chaîne qu’elle « était à cour de ‘enculés’. « MTV », admonesté, a rapidement supprimé ce commentaire. « C’est oublié, » a dit Rihanna concernant sa dispute avec la chaîne musicale. « Nous sommes de nouveau amis. »


Vous pourrez penser que l’énorme personnalité de Rihanna sur les réseaux sociaux rendrait les membres de l’équipe de Rihanna mal à l’aise, mais c’est l’opposé. Son côté brut de décoffrage semble la rendre plus importante et remplie sa fan base.


« C’est la liberté d’expression la plus brute, n’est ce pas ? » dit son manager, Jay Brown. « Elle a le droit de s’exprimer, et je sais qu’elle est joueuse. Je sais lorsqu’elle est sérieuse, et lorsqu’elle s’amuse. »


Il y a également ceci: Rihanna est une rock star. Quelque chose s’est passé dans la musique cette dernière décennie — avec l’industrie dans un grand désarroi, les labels ont commencé à consacrer beaucoup d’énergies sur les consommateurs qui achetaient toujours (et non volaient) de la musique, et beaucoup d’entre eux étaient des préadolescents et leurs parents. La musique pop a été recruté par Disney et retouché, rempli de performeurs dont les histoires étaient virginales et orchestrés, et en sécurité pour des trajets en minivans. Mais entre High School Musical, Hannah Montana et de mièvres idoles de la pop, nous avons oublié ce qu’était une bonne rock star à l’ancienne. Les rock stars sont compliquées. Elles disent des gros mots, font des erreurs et n’essayent pas d’impressionner vos parents. Ce n’était peut-être pas la motivation première de Rihanna, en affichant sa vie en ligne, mais on peut voir de la sagesse dans son honnêteté. Si l’implosion d’idoles pop nous a bien appris quelque chose, c’est qu’essayer d’être quelqu’un que tu n’es pas, est le pire piège qu’il existe. « Je suis dingue, et je ne fais pas semblant d’être quelqu’un d’autre, » a écrit Rihanna pendant l’incident du « Coachella ».


« Que faisais-tu lorsque tu avais 24 ans ? » me demande Jay Brown.


Je lui ai répondu que je buvais de la bière dans les bois.


Brown rigole. « Tu vois, tu dois t’amuser, » dit-il. “Elle s’amuse. Elle s’amuse tellement.”


Lorsque Rihanna sort du restaurant, c’est l’habituel déluge de flashs des paparazzis. Elle est ensuite dans son crossover [= type de voiture], et peu de temps après, on se réunie à nouveau dans un studio d’enregistrement à West Hollywood, où elle sélectionne des titres pour son prochain album. Elle m’en fait écouter quelques uns, dont « Diamonds », qui deviendra le premier single de l’album. Il y a des chansons incomplètes, en phase démo, chantées par quelqu’un d’autre, mais Rihanna s’y imagine déjà dessus.


On me demande si j’aime. Je réponds que oui. Mais comment pourrais-je savoir ? Mon iPod est rempli de chansons du groupe Fleetwood Mac et de chippies chantant des chants de Noël. Pour moi, elles ressemblent à de bonnes chansons pop, mais il est impossible de juger tant que Rihanna n’est pas sur le morceau, avec son ingrédient secret, le facilement reconnaissable deuxième soprano de la Barbadienne qui se détache des tubes tel que « Pon De Replay » et « Love The Way You Lie » (son envoutante collaboration avec Eminem) et le plein d’entrain « We Found Love ». Il y a également « Umbrella », qui vivra pour toujours. Dans 30 ans, vous conduirez votre voiture — peut-être votre voiture de l’espace, pour emmener vos petits enfants à l’école de l’espace — et « Umbrella » de Rihanna passera à la radio et vous la chanterez à plein poumons.


« Under my umbrella/Elle, elle, ey, ey, ey ».


Les statistiques sont dingues. Rihanna a vendu 37 million d’albums dans le monde. Elle a eu 11 singles numéros 01. Ses vidéos ont été vu 2,7 milliards de fois sur YouTube. Six Grammy awards. Elle a récemment migré dans le monde du cinéma, comme « Battleship » sorti l’été dernier et l’année prochaine « The End Of The World », une comédie catastrophe avec James Franco et Seth Rogen.


Ce qui n’est pas commun dans la carrière de Rihanna, c’est son implacabilité. Habituellement les musiciens populaires doivent suivre une formule — enregistrer, promouvoir, partir en tournée, s’en aller, se cacher. On était convaincu que trop de musique exposerait l’artiste, écraserait la poule aux oeufs d’or. Mais Rihanna et Brown, son manager, pense différemment. Elle a sorti six albums en sept ans. Et en voilà un autre.


« Si vous avez un nouvel iPhone chaque année, pourquoi ne pourrions nous pas leurs donner de nouvelles choses ? » demande Brown. « Mais je ne pense pas qu’elle voit ça de cette manière. Elle pense, j’aime faire de la musique. Je veux continuer. »


Elle n’a pas encore atteint le quart de siècles qu’elle est déjà une industrie. Le magazine « Forbes » a estimé sa fortune en 2011, à près de 53 millions de dollars, la plaçant quatrième des célébrités les plus puissantes, juste derrière Jennifer Lopez, Oprah Winfrey et Justin Bieber. « Nous ne sommes qu’au début de ce que Rihanna peut accomplir, » dit son amie/créatrice Stella McCartney. La mère de Rihanna, Monica Braithwaite, croit que sa fille a trouvé un juste équilibre. « C’est une businesswoman très maligne, mais elle est toujours la même Robyn, un bon cœur, » dit-elle.


Et pourtant, peu importe ce que fait Rihanna en tant qu’artiste, son histoire la remmène toujours en février 2009, lorsqu’elle fut agressée par Chris Brown. Les sévices étaient choquant, et Brown plaida coupable pour ce crime. Bien que des nuages persistent, Brown et Rihanna sont devenus amis. De façon controversée, elle a collaboré avec lui sur le remix du titre torride « Birthday Cake », extrait de son dernier album. Cet été, elle a fait une interview déchirante avec Oprah Winfrey dans laquelle elle avoue qu’elle aime toujours Brown et espère qu’il « a trouvé la paix. »


Au diner, je lui demande si elle pense qu’elle va parler de Brown le restant de sa vie. « J’ai l’impression qu’ils ne tourneront jamais la page, » dit-elle. « L’obsession a continué même lorsque nous n’étions plus ou ne pouvions plus être amis du tout. Nous nous détestions. Le monde n’a jamais arrêté d’y penser. Ils n’ont pas vu de progression dans notre amitié, parce qu’ils ne voient rien, vraiment, hormis la chanson. »


Elle affirme que le remix de « Birthday Cake » était son idée. « Je ne pensais pas que cela pouvait nuire à ma carrière, » dit-elle. « J’étais dans le bus de la tournée, entre deux villes, en train d’écouter mon album et pensant, ‘oooh, peut-être que je pourrai le transformer en duo’. J’ai pensé à plusieurs personnes, et son nom a traversé mon esprit. Je pensais, ‘nous n’avons pas fait de chansons ensemble depuis si longtemps… ça pourrait choquer un petit peu’. »


C’était choquant, et il y a eu un retour de flammes. « Aujourd’hui, j’imagine que c’est une sorte de fascination, » dit-elle. « Je ne sais pas si les gens vont bientôt s’arrêter, mais je pense que lorsqu’ils auront tourné la page, ça sera le cas. » Elle ne s’attend pas à ce que tout le monde la comprenne. « Mais ils ne sont pas à l’intérieur. Ils ne voient pas ce que je vois, à moins qu’ils partagent mon point de vue. J’imagine que je vais apprendre à accepter cela. »


Et cela ne s’arrête jamais. Après les VMAs, une vidéo est sortie où l’on voit Rihanna donner une bise rapide et un câlin à Brown, alors qu’elle regagnait son siège. C’est le genre d’échange inoffensif qui arrive des milliers des fois lors de cérémonies, mais à cause de cette terrible histoire, Internet explose. La semaine suivante, Brown est photographié avec un nouveau tatouage assez bizarre d’un visage tuméfié d’une femme sur son cou. Son porte parole est alors forcé de démentir qu’il s’agit de Rihanna. (« C’est une création de M.A.C Cosmetics qui s’inspire d’un crâne de « Day of the Dead », dit le porte parole.) L’histoire ne s’arrête pas.


Il ne reste plus qu’une demi-heure avant la fin des VMAs, et à l’intérieur de la loge de Rihanna, on nous offre des ballons, de la nourriture et un open bar. Le lieu est détendu. Pas de verres à shooter rempli de Jäger, pas de canapés en feu – à vrai dire, la fête pour les 17 ans de ma nièce serait plus déjantée comparée à ça. La plupart des stylistes, amis et personnes de la maison de disque regarde les VMAs devant une télévision. Au bout d’un moment, Rihanna vient utiliser les toilettes des femmes et nous gronde à tous, parce que nous sommes tous debout à fixer l’écran du moniteur.


« Pourquoi vous semblez tous être défoncés aux champignons ? » demande t-elle.


Puis elle gagne, le dernier et le plus important prix de la soirée, « Le Clip de l’Année ». C’est la seconde fois qu’elle le gagne (le premier était pour « Umbrella » en 2007, alors qu’elle avait 19 ans). Après que le comédien et maître de cérémonie, Kevin Hart, ait prononcé son nom, la caméra saisit Rihanna debout et balayant la saleté imaginaire de son épaule, un signe de négativité laissée derrière elle. Quelques minutes plus tard, elle est de retour dans les loges, les bras en l’air, brandissant l’enveloppe gagnante dans sa main. La pièce explose. C’est une fête à présent. L’iconique trophée de l’astronaute est repéré. Elle pose en vainqueur pour les photographes.


Un représentant de la maison de disque de Rihanna tient une carte de visite. «Cet homme a fait l’hologramme de Tupac ! » dit-il. « Il veut faire l’hologramme de Rihanna. »


Elle n’a pas fait la fête dans les rues de Californie. Quelques heures plus tard, Rihanna est à un aéroport, à Van Nuys, en train d’embarquer dans un jet privé « Gulfstream IV ». Le groupe inclut Jay Brown, Jen, l’assistante de Rihanna, son amie Leandra, sa cousine Noella, et ses frères, Rorrey, 23 ans et Rajad, 16 ans. Une hôtesse de l’air a installé un lit pour Rihanna, à l’avant de l’avion et empilé deux coussins avec soin contre le mur de la cabine. Installée, Rihanna mange un repas rapide et passe quelques minutes sur son iPhone, à envoyer quelques tweets de remerciements avant de s’endormir.


Quelques heures plus tard, on me fait venir dans « la chambre » de Rihanna. L’avion est sombre, mais elle est réveillée et assise. Ses jambes sont croisées sous les couvertures, une veste Isabel Marant sur ses épaules. Ses Air Jordans sont plus loin, par terre. Il n’y a pas beaucoup de place, donc je m’assois sur le lit. Elle semble fatiguée. J’ai l’impression qu’il faudrait que je lui lise « Bonsoir Lune » [un livre pour enfants].


« Soirée amusante, » dit-elle en parlant des VMAs.


Elle parle ensuite de la première fois qu’elle est allée à une cérémonie comme celle-ci, à quel point la pièce semblait intimidante, à quel point elle était nerveuse autour de tous ces professionnels. Elle dit que le trac ne s’en est jamais vraiment allé. Elle parle également du moment qu’elle a passé avec Katy Perry pendant la cérémonie, à quel point ces deux comprennent ce que cela veut dire « de traverser des choses personnelles de la plus publique des façons » et « de vraiment faire attention à ce que l’autre aille bien. » Elle dit que la présence de Brown et Drake n’est pas un problème. « C’était facile. Pas de problème. » En ce qui concerne la bagarre dans la boîte de nuit – et la possibilité que les deux hommes se soient battus pour elle — elle n’y porte pas attention. « Je n’étais même pas là. Cela n’avait rien à voir avec moi. »


Elle regarde l’intérieur élégant de l’avion, où les personnes qu’elle aime, sont dans un profond sommeil. « À chaque fois que nous allons à une des ces choses, c’est irréel, » dit-elle. Les avantages de sa jeune vie sont nombreux, même s’il y a beaucoup d’exigences. « Je suis dans un espace positif, mais j’ai mes jours, « dit-elle. « Tout le monde a ses jours. ».


Elle peut encore s’échapper. Des fois, lorsque Rihanna veut arrêter d’être Rihanna, ses amis et elle s’en vont ensemble. Ils vont laisser son garde du corps derrière eux, et Rihanna s’habillera simplement, rien de trop fou ou reconnaissable. Ils prendront un taxi et iront faire du shopping, et pendant quelques heures, elle peut redevenir Robyn. « Certainement moins qu’avant, mais nous vivons encore ces moments, » me dit plus tard son amie Melissa. « Afin qu’elle se sente normale. »


L’avion commence à descendre. Nous sommes sur le point d’atterrir à Minor, dans le Dakota du Nord, pour se ravitailler. C’est là que je sors. Dans une heure, je prendrai une navette aérienne pour Minneapolis, et puis une autre vers New York. Rihanna s’en va à Londres, où elle va performer à la cérémonie de clôture des Jeux Paralympiques avec Coldplay et Jay-Z. Elle va également se faire un tatouage travaillé sous ses seins, une représentation de la déesse Isis ; elle dit que c’est un hommage à sa grand-mère, qui est morte en juillet. Elle s’engage dans un combat Twitter avec l’intervieweur de CNN Piers Morgan, qui a eu l’audace de suggérer que Rihanna devrait « faire pousser à nouveau ses cheveux. Rapidement. » Rihanna le saisit au vol: « Fais toi pousser une queue… VITE, » et tu ne peux pas t’empêcher d’imaginer l’estomac de Morgan se tordre d’embarras. (Ou peut-être pas. Bientôt, Rihanna et lui vont se réconcilier en public et organiser une interview.) Sa tournée mondiale est annoncée, la plus grosse de sa carrière. Peu importe où tu vis, Rihanna viendra probablement dans une ville proche de chez toi.


Tout cela s’est passé dans les 72 heures qui ont suivi.