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Interview avec « ELLE UK »

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Il est 23 heures à Paris. Le photoshoot pour la couverture du magazine est terminé, mais l’interview n’est pas encore faite. Ce n’était pas ce qui était prévu, mais comme toujours nous nous adaptons à l’agenda de Rihanna. Je suis appelée à son hôtel à la Place Vendôme, où son directeur de marketing international se demande si le bar au rez-de-chaussée a une bonne ambiance. Ri décide que nous nous asseyons dans le coin, le vigile tenant les intrus à distance pour que le reste de l’entourage puisse se servir un verre à côté (ce qu’ils font, sauf une femme qui reste à portée de voix faisant semblant de lire des e-mails et s’égorgeant avec son bras à chaque fois qu’elle entend les mots « Chris » et « Brown ».)


Rihanna apparaît à 02 heures du matin et disparaît juste après 03 heures. Comme vous pouvez l’imaginer, elle a un charme personnifié — d’énormes, ÉNORMES yeux brillants et un accent de la côte-ouest avec quelques échos à son passé de barbadienne. Une bouteille de Chablis nous est ramenée et on nous sert un verre chacun.


Pour commencer, je lui parle de sa musique. Et pourquoi pas ? Auditionnée à la Barbade, elle a signé un contrat avec Def Jam Recordings, le label de Jay-Z à l’âge de 16 ans. Son premier single, « Pon De Replay », a été un hit international et elle a maintenant enregistré sept albums. « Unapologetic » est le dernier, et a déjà écoulé 200 millions de copies dans 74 pays différents, ajouté à cela: 3,2 milliards de vues sur YouTube et plus de 65.000.000 de fans sur Facebook.
Elle a eu officiellement 75 numéro 01. C’est une trajectoire étonnante à tous les niveaux, et elle vient juste d’avoir 25 ans ce mois de février. Je serais heureuse en ayant juste ses Air Miles.


Je suis fascinée par la façon dont ses chansons apparaissent, lui dis-je, car elle ne les écrit pas. Elle les « met en service ». Suggère-t-elle certains sujets à ses compositeurs ou composent-ils les chansons en espérant qu’elles seront enregistrées ?


« Je passe beaucoup de temps avec eux afin qu’ils connaissent mon histoire au moment où ils écrivent, et c’est toujours vrai. Par moments je suis rebelle ou énervée, parfois c’est vulnérable et vraiment innocent mais vous ne connaissez pas toutes les mauvaises choses que peut faire une fille pour être vulnérable ! Parfois les mauvaises filles en ont marre des choses chiantes, » dit-elle.


Des chansons comme « Pour It Up » et « Cheers (Drink To That) » sont-elles des avertissements concernant la façon dont peuvent se comporter les hommes ?

« Pas nécessairement des avertissements, c’est juste la vérité. Il m’arrive de penser comme un homme aussi, et faire des choses que les hommes aiment faire. J’ai grandi entourée de garçons. Nous n’étions que moi et une cousine dans le groupe familial et amical, donc je suis allée à l’école et j’ai automatiquement eu des amis garçons et quand je suis arrivé dans cette industrie [musicale], il s’est avéré que tous mes amis étaient des garçons. Quand j’étais adolescente je n’étais pas du tout [de manière amoureuse] intéressée par les hommes car je pensais que j’étais une d’entre eux ! Ils ne me semblaient pas excitants, ils étaient plus comme une douleur dans mon cul. Nos conversations c’était genre que nous étions frères, on parlait tout le temps. Je vais parfois dans des clubs de striptease — parfois avec des hommes, parfois toute seule. Pourquoi ? Car j’aime la musique qu’ils jouent dedans. Ça a un certain style et je regarde les filles faire de la pole-dance. Encore maintenant j’y vais, comme dans les évènements de l’industrie musicale où toutes les filles sont là, les garçons aussi et je vais à la table des garçons et m’assieds car je sens que je peux avoir une conversation bien plus intéressante avec eux. Et c’est automatique, non un préjudice. »


Je lui dis que je l’admire de dire ça: ce n’est pas ce que son label voudrait qu’elle dise.


« J’ai dit ça une fois et LA Reid [qui l’a faite signer chez Def Jam] m’a dit ‘tu dois dire que tu es amie avec les filles car tes fans sont des filles !’. Il était énervé, dit-elle en haussant les épaules. Mais c’est la vérité. Je suis un garçon manqué. Ma meilleure amie Melissa [Forde], a été une de celles qui m’a féminisée. J’allais en boîte avec elle, et elle était très bien habillée tandis que moi je portais genre, des baskets et un bandana et je ne trouvais rien de choquant à ça jusqu’à ce qu’elle me montre des magazines. Et on s’est mises à les regarder, ces histoires de mode fooolles et ces histoires de sexe fooolles ! J’ai appris beaucoup en traînant avec Melissa.


L’intérêt de Rihanna pour la mode a grandi à tel point qu’elle sort sa premier collection avec la marque high-street britannique, « River Island », ce mois-ci.


« Elle est venue vers nous, me dit Josie Roscop, la directrice marketing de « River Island », présente à Paris pour la séance photos. Elle aimait le fait que nous étions une entreprise familiale britannique. Elle a contribué à chaque pièce de la collection. Nous ne tirons pas juste quelques éléments de sa garde-robes en les recopiant. Nous avons aidé à réaliser sa vision, un joli mélange de féminité et de style garçon-manqué, très chic mais avec une limite tout de même. »


« J’aime les magasins high-street, me dit Rihanna lorsque je lui parle de son projet. Les enfants stylés dans les rues, ce sont ceux qui lancent les modes. Les designers voient ce qu’ils font et créent leurs lignes, et les revendent aux mêmes jeunes et ils pensent alors ‘pourquoi ne pas aller directement à la source ?’ Les magasins high-street font plus attention aux enfants dans la rue qu’à ceux qui sont sur les pistes, donc d’une certaine façon j’aime mélanger les deux. J’aime porter un sac haut de gamme ou une veste avec une robe simple. Je pensais juste que j’allais faire quelque chose pour tout le monde — pour chaque personnalité, chaque type de corps. »


Aujourd’hui, j’ai vu ce que le Rihanna-style signifiait. La séance photos avait lieu à Montparnasse. Le photographe effervescent Mariano Vivanco et sa bande étaient dans les studios à 10 heures, la chanteuse à 11 heures. Il a préparé ses appareils et a tapissé les murs avec des références telles que des photoshoots de Edie Sedgwich, Marilyn Monroe, Bettie Page, Brigitte Nielsen, Twigy et Linda Evangelista. Il y avait 10 montages de prévus, parmi eux la couverture, et plusieurs morceaux de la collaboration avec « River Island ». Un salon sous tente pour le maquillage et la coiffure a été érigée sur la terrasse dehors, et un vestiaire a été rempli de boissons exotiques.


Elle est arrivée – juste avec 3 heures de retard !
Et même sans coiffure ni maquillage, Rihanna est finalement venue, plus grande que ses 1.72 mètres sur ses talons périlleux, qui ont immédiatement fait deux entailles sur la toile de fond, provoquant un fou-rire général. Je regardais ça à trois mètres de distance, fascinée par la facilité de ses mouvements, sa peau lumineuse et la douche d’étoiles bleues tatouée sur son cou, descendant jusque dans son dos. Une fine chaîne en or est autour de son nombril (il y en a une autre, me dit-on, entre les anneaux sur ses tétons.) Elle faisait de petits gestes discrets sur la musique — Gotye, Bowie, Pet Shop Boys, Pointer Sister — murmurant doucement les paroles « You be the match, I will be your fuse » de « Sure Thing » par Miguel. Elle mettait son bras autour des épaules de quiconque voulait une photo avec elle.


Ce n’était pas ma première rencontre avec le cyclone Rihanna. En novembre dernier, à peu près 1000 personnes — dont moi — étaient entassée dans un dancehall tropical près de Checkpoint Charlie à Berlin. Sept équipes de caméramans se dressaient sur la scène, un DJ jouait des morceaux tonitruants. Ils étaient tous arrivés à 20 heures et il était maintenant bien 23 heures passées.


J’avais eu un accès V.I.P magique me permettant l’accès à chaque pièce, j’errais donc à travers la sécurité et en bas, dans un labyrinthe de couloirs qui menait à un bunker souterrain, contenant six membres du groupe et ses techniciens, ses chorégraphes, un directeur artistique, l’équipe « Glamour » (designers, coiffeurs et maquilleurs), un chef, une masseuse, le management et plein de personnel de la tournée et de la maison de disques. Tout à la fin il y avait une pièce qui ne ressemblait en rien au reste de ce palais de béton. Il y avait des tapis de fourrure, des rideaux noirs, peu de meubles avec des touches de rose — des bougies rouges, du lys rose, des longueurs brodées de soie chinoise rose — décorée spécialement par le gestionnaire de l’hospitalité afin de créer un « environnement confortable » pour la star du show.


Il y avait un souffle d’attente, une espèce de calme avant la tempête. Nous tous — le groupe, les proches, le public au dessus — faisions la même chose: nous attendions Rihanna.


Nous avons passé beaucoup de temps pendant cette semaine à attendre Rihanna. J’ai fait partie de son désormais légendaire « 777 Tour », une tournée de sept jours. Elle avait déjà performé dans cinq pays différents – Mexique, Canada, Suède, France et maintenant l’Allemagne, restant encore l’Angleterre et les États-Unis — et elle avait été en retard sur scène à chacune des performances. Mentionnez son chronométrage à n’importe quel membre de la Team Rihanna et il roulera des yeux avec tendresse, vous contant des choses à faire dresser les poils: des longs blocages dans d’énormes stades, ou la fois où elle a été dans les coulisses quelques secondes avant de monter sur scène pour chanter sur un plateau télévisé américain.


Les membres de son groupe ont appelé son avion « Air Force One », le nom du jet du président, et Rihanna elle-même a donné l’impression glorieuse que la vie n’était qu’une seule fête géante avec elle au centre de celle-ci. « C’est mon fantasme rock’n’roll et ça va être une course folle ! » a-t-elle annoncé avant que nous décollions, empruntant le mégaphone entre Los Angeles et Mexico City afin de crier ‘c’est une urgence ! Bienvenue à bord du 777 ! Faites du bruit et soyons bourrés !’. Des minutes plus tard, une hôtesse de l’air distribuait des verres. Rihanna se tenait juste derrière elle, brandissant des bouteilles en or de champagne « Ace of Spades ». « Et si vous êtes prêts à avoir des trous noirs, » cria son assistante personnelle, « on a du Cognac ! »


C’est l’évènement le plus farfelu durant plusieurs heures, auquel je n’ai jamais assisté. J’ai traversé l’Amérique dans le jet privé de U2, mais c’était l’exemple même du calme et de la simplicité. J’ai été sur la tournée de Rod Stewart, mais ça semblait à prix réduit à côté. J’ai passé une semaine en Italie avec Frankie Goes to Hollywood mais au moins nous dormions la nuit. Mais la tournée de Rihanna… Je ne m’étais pas autant amusée depuis des années.


Quand elle est finalement arrivée dans les coulisses à Berlin, tout le monde a remarqué ce silence de plomb qui indiquait que la reine était arrivée dans la ruche. Elle a été emmenée dans son vestiaire « rihannisé » composé et la douce odeur de marijuana traversant les rideaux. Puis elle apparaît pour joindre le rituel nocturne connu sous le nom de « The Prayer », le signal qu’elle est finalement prête à faire le show. Les membres du groupe rassemblent leurs mains et commencent à chanter, en suivant Adam Blackstone le religieux et abstinent bassiste (le directeur musical de Ri): « Seigneur, bénis cette équipe, bénis chaque battement de cette batterie, chaque note chantée. Bénis chaque instrument et le son qu’il émet. Nous t’aimons, Dieu. 7-7-7 ! BERRRLIIIIIIN !! »


Quand Rihanna arrive (enfin) n’importe où, tu ressens toujours le même mélange d’émotions: un sentiment de soulagement du fait que tout ce qu’on attendait peut commencer, et une sensation accablante — terrible mais vraie — d’avoir envie de lui parler tellement elle est magnifiquement belle. Il y a un soupir bruyant et collectif tout autour de toi — hommes, femmes, ados. Elle est tellement belle que ç’en est accablant, le genre de look hypnotique qui peut faire fondre une salle juste en entrant dedans. Ses grande lèvres et ses yeux noisettes et félins dégagent une faiblesse et une innocence seulement connues auprès des mignonnes héroïnes de Disney. Mais le rythme dandinant de sa démarche, le coup d’oeil discret occasionnel et le pistolet tatoué sous son épaule droite renvoient un ensemble de signaux tout à fait différents. C’est la même chose concernant sa façon de danser — un moment c’est des petits pas trébuchants du haut de ses talons, sexy et vulnérables; ensuite ce sont les caresses qu’elle se fait à elle-même semblables à ceux d’une prostituée de luxe.


C’est incroyable d’être si belle. D’être capable de rendre un homme heureux comme jamais juste en apparaissant devant lui. Ça doit être magnifique. Magnifique — et peut-être un peu corrupteur.


Que penses-tu représenter pour la femme ?

« Je pense que les femmes veulent être libres, elles veulent être habilitées, elles veulent de l’espoir, elles veulent de l’amour, elles veulent toutes les choses que je veux et je n’ai pas peur de les dire ni de les faire, et je pense que c’est pour ça qu’elles s’identifient à moi. Les femmes veulent être courageuses et parfois tout ce qu’il faut c’est de savoir que c’est possible. Une fois que tu vois que c’est faisable, tu te dis ‘je pourrais le faire aussi.’ C’est tout ce que je peux espérer, d’avoir un effet positif sur les femmes. Car les femmes sont puissantes, des êtres puissants. Mais elles sont également les êtres les plus douteuses. Elles ne sauront jamais — du moins, NOUS — à quel point nous sommes puissantes. »


Pourquoi pas ?

« Je ne sais pas. Je ne sais pas si c’est la façon dont la société nous a formées… dit-elle, baissant la voix. Les femmes ne connaissent jamais leur valeur totale. Ou parfois elles la nient. Ou alors elles ont peur d’avoir le droit sur ça. C’est juste quelque chose à propos de nous. Mais je trouve que les hommes connaissent leur valeur et leurs limites et s’en tiennent à ça, c’est très simple. »


Mais tu as eu beaucoup de femmes qui t’ont inspirée dans ta vie.

« J’ai eu des INCROYABLES femmes — ma mère, ma grand-mère, mes meilleures amies ! Je me suis faite tatouer Isis [sur la cage thoracique] pour symboliser ma grand-mère. Isis était une déesse égyptienne qui a appris aux femmes à être accomplies — comment cuisiner, comment faire le ménage, comment laver les vêtements, comment survivre et ne pas être esclave des hommes. Elle leur a appris à être des femmes indépendantes et à ce qu’elles fassent les choses elles-mêmes. Et c’est l’attitude de TOUTES les femmes dans ma famille, et ma grand-mère a été la première à vraiment m’apprendre ça. Ma mère, cependant, a été exposée à certaines choses dans la vie et ça l’a rendue plus dure et peut-être même un peu plus froide que les autres femmes. Et je suis plutôt comme elle. »


Tu parles de la séparation avec ton père, c’est ça ?

« Oui. Il n’a pas été le meilleur mari du monde mais il a été un père exemplaire. Et c’est ce qu’il est pour moi, un père et non un mari. C’était un soulagement quand il est parti mais je pense que je l’aimais. »

Est-ce que leur divorce amer a changé ta vision des relations avec les hommes ?

« Et bien ma mère n’a jamais dû me dire quoi que ce soit. Je l’ai découvert en les regardant et je le ressentais. Les enfants savent. Les gens pensent que les enfants sont stupides. Les enfants ne sont PAS stupides. Si mes parents étaient en conflit, je pouvais sentir l’énergie dans la pièce, qu’ils soient en train de se disputer ou non. Ca fait mal de voir sa mère vivre certaines choses. J’ai appris beaucoup, tu sais.


Vous devez déjà sûrement connaître cette partie de l’histoire. La Lady GaGa bourgeoise s’est peut-être apportée la malchance sur elle-même, mais Robyn Rihanna Fenty est née dedans. À l’âge de 16 ans, sa mère a divorcé de son père, un accro au crack, et a dû travailler d’arrache-pied pour s’occuper de la famille, laissant Ri s’occuper de son plus jeune frère, Rajad; « C’est probablement le meilleur été que j’ai passé, » me dit-elle avec une fierté maternelle et touchante. « Il grandit si vite maintenant » et elle secoue la tête. « Hééé, va doucemeeent ! ».


Elle était obsédée par Madonna — « J’aimais la façon dont elle se réinventait elle-même, comme une actrice jouant toujours un rôle différent » — et j’étais « absorbé par le ton et la voix angélique » de Whitney Houston. Elle a aussi idolâtré le héros local Bob Marley et a commencé à chanter de la pop et du reggae (son single « Man Down » un est dancehall purement jamaïcain).


Mais en février 2009, un évènement a — à la lumière de sa bravade compliquée, son assurance, et son expérience personnelle — été difficile à comprendre, et impossible à oublier. Quand une photographie du Bureau de Police de Los Angeles a été publiée sur le site web de TMZ, le monde a été horrifié de découvrir qu’elle avait été battue. L’artiste R&B Chris Brown, son petit-ami, a été accusé de violences et mis sous ordonnance restrictive qui l’empêchait d’être à moins de 45 mètres d’elle, réduit — bizarrement – à 7 mètres si les deux apparaissaient à la même cérémonie d’awards.


Le sombre mystère de ce conte misérable jète toujours une ombre. La fille qui pourrait tout avoir — un symbole de force, d’indépendance et d’opportunité — se retrouve dans la pire relation imaginable.


Avec l’assistante à proximité sautant à plusieurs reprises pour dire que l’interview était terminée si le sujet ne changeait pas, il a fallu quatre essais un et bon nombre de subterfuges pour reconstruire la conversation qui suit. Deux fois, curieusement, elle revient sur le dossier elle-même, parlant d’un murmure lent et intense, voulant clairement faire le point. La chanson « Stay » sur le nouvel album parle sûrement de Chris Brown, dis-je.


« « Stay » est une histoire concernant un amour fort, et un amour que tu veux ne jamais voir finir. C’est un sentiment que tu n’as pas avec tout le monde, donc quand tu l’as tu ne veux pas le lâcher. Je dirais que c’est le seul [Chris Brown] avec qui j’ai ce genre de relation. »


Tu veux probablement que nous sachions que votre histoire continue, vu que tu postes des photos de vous deux sur Twitter, allongés au lit.


« Et bien, je poste sur Instagram tout ce qui concerne ma vie, que ce soit fumer un joint dans un club de strip-tease, lire des vers de Bible – c’est fou, je sais ! – ou traîner avec mon meilleur ami, qui s’avère être Chris. Et maintenant c’est tout ce que nous voulons, une amitié énorme et indestructible. Maintenant que nous sommes adultes, on peut très bien le faire. Nous avons eu un retour à la case départ et je suis reconnaissante pour ça. »


Ça doit être étrange d’avoir le monde entier qui te dit comment gérer ta vie.

« Je sais, mais je m’y suis habituée. Et je le comprends. Tout le monde a une opinion sur tout. Mais une opinion reste une opinion – je peux juste la respecter, mais ne peux rien faire pour changer leurs pensées ou mes sentiments. Rien ne changera à cause de leur opinion. Tout le monde voulait savoir ce qui se passait dans ma vie. Est-elle droguée ? Non. Est-elle alcoolique ? Non. Est-elle une victime ? Non. C’est quand je me suis fait tatouer le pistolet, » dit-elle en pointant son tatouage. « C’était un symbole de force – ça signifiait « je ne serai jamais une victime ! ». J’avais tous ces yeux rivés sur moi, critique après critique ! J’ai entendu tellement de choses auxquelles j’ai été indifférente. Quand j’en suis arrivée à mon point de rupture – un tournant, pardon – j’avais assez d’emmerdes là où je devais prendre une décision. J’étais genre, ‘à qui suis-je en train d’essayer de plaire ? Aucun de ces enc*lés ne me CONNAÎT ! Pourquoi me préoccupe-je à propos de ce qu’ils pensent ? J’ai commencé à réfléchir, qu’est-ce qui se passerait si j’essayais de plaire à tout le monde toute ma vie ? On ne plaira jamais à tout le monde. Et tu ne te plais pas à toi-même parce-que tu as pris trop de temps à vouloir plaire aux autres qu’il est désormais trop tard. Je devais avoir cette découverte capitale, découvrir qui j’étais réellement. Et découvrir la vérité. Et me faire confiance à nouveau. »

Donc tu pensais que tu dupais les gens ?

« Oui. Je pense que j’en suis arrivée à un point où j’en venais à me mentir à moi-même. Et c’est tellement DUR de vivre un mensonge, dit-elle en secouant la tête. C’est juste trop dur. Trop compliqué. Ce sont trop de choses auxquelles penser. C’est la raison pour laquelle je poste des photos de moi en train de fumer un joint, pour dire la vérité sur moi-même. J’ai eu tellement de choses auxquelles penser, pourquoi rassembler toutes ces merdes en étant malhonnête ? Quand quelqu’un te ment, tu ne lui fais pas confiance. Essayer de se mentir à soi-même, c’est encore pire. Tu ne peux pas dépeindre une fausse image pendant longtemps, la vérité ressort et ça devient dur donc ça ne s’assemble plus. »


Donc ta nouvelle règle c’est être honnête ?

« Tout est à propos de l’honnêteté. Ce n’est pas un échec, toujours des leçons [en référence au tatouage qu’elle a sur la clavicule]. Si tu fais toujours exactement la même merde alors c’est la chose la plus stupide du monde et ça ne marchera sûrement pas la deuxième fois. »


Mais cette violence en 2009 semble être toujours inacceptable aux yeux d’un étranger. Ton père battait ta mère — cela t’a-t-il permis d’accepter plus facilement le comportement de Chris Brown ?

« Non, je n’ai pas accepté quoi que ce soit ! Je n’accepte rien, c’est faux ! Une faute reste une faute, peu importe de qui elle provient, c’est comme ça. »


Mais tu lui as visiblement pardonné.

« Oui. »


Pourquoi ?

« J’ai mes propres raisons, qui sont très très privées. Très personnelles, répond-elle très doucement. Beaucoup de choses. Tout ça pour dire que je le CONNAIS. J’ai eu énormément de choses auxquelles penser et aussi beaucoup de temps pour le faire. Je le faisais pour moi-même. Je n’ai pas remarqué combien de femmes traversaient la même chose que moi. Je n’ai pas remarqué combien de femmes étaient dans les limbes de l’amour, dans un dilemme. Et avec chaque aspect, il y avait un groupe différent de femmes qui s’identifiaient à des choses différentes. »


Tout le monde dans ton entourage semble quelque peu effrayé par toi et c’est probablement comme ça depuis que tu as eu tes premiers hits à l’âge de 16 ans. Cela rend-il attirant de rencontrer quelqu’un comme Chris, quelqu’un qui pourrait peut-être avoir peur de toi ?

« Ooh, tu ne connais pas ma mère ! rit-elle très fort, changeant habilement de sujet. Elle est la personne la plus effrayante que je connaisse. Personne ne me fait aussi peur qu’elle. Elle me TERRIFIE ! Elle m’a appelée il y a deux jours et m’a engueulé concernant deux photos prises par Melissa et postées sur Instagram, sur lesquelles je suis nue – un aperçu d’un book photos qu’elle fait de moi. Ma mère, elle est devenue folle. J’étais tellement embarrassée. J’avais l’impression de me prendre une fessée devant toute ma classe d’école ! »


Qu’a-t-elle dit ?

« Elle a dit ‘c’était un moment privé et tu étales ça partout.’ Et moi ‘maman, premièrement c’est juste un book et…’ Puis elle m’a coupée ‘tu exclues juste tous tes jeunes fans !’. Et moi ‘maman, alors dans ce cas ce ne sont PAS des fans. Soit tu l’es, soit tu l’es pas. Je n’exclue personne, tu dois rester toi-même.’ Elle me gueulait dessus. Elle m’a mise à terre ! »


Des mouvements frénétiques venant de la table d’à côté montrent qu’il ne reste le temps que pour une seule question. Ainsi je la pose et c’est étrangement révélateur: Rihanna, où voudrais-tu être dans cinq ans ?

« Dois-je vraiment le dire ? ». Elle regarde ses assistants et répond. « J’aurai probablement un enfant, dit-elle doucement. Et je prie pour pouvoir aller en vacances pendant un bon mois. Et je prévoirai plein de choses pour ne pas à être en tournée pour le reste de ma vie, même si j’aime ça. Je veux être en bonne santé et être heureuse dans cinq ans. C’est vraiment ça que je veux. »


Et qui sera le père de cet enfant ?

« Qui diable veux-tu que ce soit ! » crie-t-elle théâtralement à quelqu’un encore dans le bar, me faisant ensuite un sourire qui me semblait être sans ambiguité. C’est l’homme dont nous venons de parler.


Elle a un air mystérieux. « Je ne peux pas te dire ça, » dit-elle. « Ce ne sont pas mes affaires, ce sont celles de Dieu ! ».