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Interview pour « ELLE Canada »

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La plage de la Barbade est illuminée, telle une peinture de Monet. Le soleil se couche légèrement derrière Rihanna, tandis qu’elle secoue ses sandales décorées de perles afin d’enlever le sable qui y est collé. Elle se concentre également sur les pas de danse qu’une jeune fille est en train de faire. Tout en riant, Rihanna applaudit et essaye de s’entretenir avec les autres membres de dance4life, un programme qui informe les enfants du coin concernant le VIH et le SIDA à travers la danse. Peut-être s’amuse-t-elle, ou bien essaye-t-elle de mettre à l’aise l’ado, dont la voix tremble à cause du stress.
 
La jeune femme de 26 ans, dont la célébrité est dévastatrice sur Internet, a surpris ces enfants (qui, je crains, ont perdu connaissance lorsque leur idole s’est dirigée vers eux tranquillement afin de les saluer) dans le cadre de son travail de porte-parole pour « Viva Glam (M.A.C) » en 2014. L’initiative annuelle (ayant commencé il y a 20 ans lors d’une campagne avec RuPaul) a pour but de récolter 41 millions de dollars pour les recherches contre le SIDA cette année, en faisant don de la totalité des bénéfices récoltées grâce à la vente d’un rouge à lèvres.
 
Rihanna semble être chez elle ici sur la plage, même avec les touristes qui l’encerclent, brandissant leurs portables comme des armes. Mais à vrai dire, elle EST chez elle. C’est l’anniversaire de son grand-père ce week-end, et elle a réussi à caser dans son agenda un arrêt chez « Chefette », la chaîne de fast-food populaire à la Barbade, afin d’acheter un rôti épicé. Le soleil se couchait lorsque nous nous sommes assis sur le balcon de notre suite, à l’étage de l’hôtel huppé « Sandy Lane », sur la côte ouest de l’île, mais Robyn Rihanna Fenty pour sa part rayonne toujours.
 

« Je n’aurais pas imaginé que je devrais apprendre une danse aujourd’hui », dit-elle en éclatant de rire. « Je suis sérieuse ! Je pensais que je regarderais juste. Je n’aurais jamais porté cette jupe ou cette veste noire à longes manches ! ». Elle lisse sa jupe droite Lanvin et son haut trop grand, faisant tinter ses bracelets de perles et d’or. « Mais c’était marrant », ajoute-t-elle. « C’était plus dur que je l’imaginais. »

 
Bien que Rihanna ait vendu plus de 30 millions d’albums depuis que Jay Z l’a engagée chez Def Jam en 2005, elle semble tout de même avoir eu à affronter certaines choses. Elle a eu une relation rendue très publique mais également tumultueuse avec le chanteur Chris Brown, et les paparazzis la traquent sans arrêt, essayant de prendre un cliché de ses cheveux qui changent constamment — aujourd’hui, noir et tondus d’un côté — ou de ses tenues à haut risque. « Es-tu une marginale ? », lui demande-je. Elle incline sa tête. « Hmm, qu’est-ce que tu en penses ? » Sincèrement, je ne sais pas. J’ai vu l’artiste se déhancher sur la scène comme une panthère à Toronto à l’occasion d’un concert privé de son « 777 Tour » en novembre 2012, hurlant des obscénités débonnaires; et maintenant je fais face à la jeune femme à la voix douce.
 
Elle ne semble pas savoir comment répondre à la question non plus. « Je pense que j’ai adopté la personne que je suis maintenant après avoir compris que je ne trouverai pas quelqu’un d’autre sur Terre qui pensera exactement comme moi et qui sera d’accord avec tout ce que je pense, et vivra de la façon dont je veux vivre, » explique-t-elle. Cependant, cela fait seulement quatre ans qu’elle s’est convaincue elle-même d’avoir ce sang-froid. (C’était à peu près lorsque sa relation avec Chris Brown a implosé pour la première fois, mais je n’en dirai pas plus).
 
« Tu vas quelque part où tu as vraiment envie de vivre », continue-t-elle. « Tu n’as pas juste envie d’exister; tu veux t’amuser, tu veux être libre et tu veux savoir que tu as fait tout ça de la manière dont tu en avais envie. Dans des années, tu pourras regarder en arrière, et penser à ces choses qui t’ont rendu heureux, c’est ça qui est important. »
 

Bien que Rihanna soit partie à New York à l’âge de 16 ans, afin de signer un contrat d’enregistrement, selon certaines sources elle viendrait d’acheter une énorme maison à côté de l’hôtel dans lequel nous nous trouvons actuellement, avoisinant un des manoirs de Simon Cowell. Elle travaille souvent afin de combiner ses racines avec sa nouvelle vie hors du commun. En réalité, son manager Jay Brown est dehors, passant des coups de fil à propos de nouveaux tournages de vidéo clips. Monica, sa mère, est assise dans l’autre salle. « Ce dont j’ai peur c’est de perdre le contrôle, » explique-t-elle. Je suis à deux doigts de lui parler de sa réputation de fêtarde, lorsqu’elle semble anticiper ma question. « C’est pour cela que je ne peux pas être trop bourrée ; je ne peux pas faire des choses dont je suis sous l’emprise », dit-elle. « C’est ce que je veux pour les jeunes femmes: qu’elles se contrôlent elles-mêmes et leurs vies. C’est si facile pour les gens d’être…, » elle baisse la voix, essayant de chercher le bon mot. « Je ne veux pas dire soumis, mais simple d’esprit plutôt… Je veux les encourager, surtout quand ça concerne leur auto-protection. »
 
Elle pose ses mains sur ses genoux, sérieuse pendant un moment. C’est le sexe dont elle veut parler, pas des rumeurs folles concernant des concerts dans sa timeline Instagram.
 

« Le sida est présent depuis que je suis née, ce qui met la maladie en perspective, » explique-t-elle. « À peu près la moitié des récentes infections concernent des gens de 24 ans et moins, dont la majorité sont des femmes. »

 
Rihanna espère utiliser ce qu’elle a construit autour des paroles sexy telles que « Mec, peux-tu me faire jouir ? » afin d’enlever les stigmates autour du sexe et, espérons, encourager les filles à se protéger.
 
Il est clair que le taux d’infection du sida aux Caraïbes l’inquiète ; en effet, c’est le second endroit le plus infecté, après l’Afrique subsaharienne. Elle vient tout juste d’offrir 1.75 millions de dollars à un hôpital barbadien. Elle est devenue une sorte de monarque sur la petite île qu’est la Barbade ; une position qui, historiquement, vient avec la vénération mais aussi le venin. Sur le chemin de l’aéroport à la ville, le taxi tel un traqueur de stars m’a informé que Rihanna était au club de son frère [à elle]. Quand j’étais assis sur la plage un matin, un homme qui vendait des circuits de plongée commençait son argument de vente par « Alors, vous aimez RiRi ? », avant de lever les yeux au ciel. Au même titre que « Aloha » pour les hawaïens, le prénom de Rihanna semble vouloir tout dire sur cette île.
 

« Même si parfois ils peuvent réagir un peu agressivement ou être de mauvaise humeur à propos de certaines décisions que je prends, c’est juste la façon dont les gens se comportent à la Barbade. Je comprends cela. Je suis l’une deux, alors ce n’est pas grave ; je les aime, » dit-elle en souriant. « Ils m’aiment aussi, même s’ils ne le disent pas. »

 
De toute façon, elle essaye d’ignorer l’opinion des gens concernant sa vie.
 

« Je veux ne jamais m’égarer », dit-elle doucement. « C’est vraiment facile d’être tirée vers des directions différentes, et je veux ne jamais être tirée aussi loin qu’il m’est impossible d’en sortir. Il y a des choses qui se passent dans ta vie et que tu ne peux pas contrôler, mais je veux contrôler le plus de choses possibles. »

 
Je me demande comment elle fait pour garder une sorte de maîtrise sur sa vie qui est aussi planifiée et frénétique que Grand Central Terminal [gare ferroviaire de New York]. Elle parle facilement de ses passe-temps oisifs tels que la peinture ou la cuisine, ne prenant pas en compte qu’elle n’a pratiquement pas le temps de se faire plaisir en s’accordant du temps pour ces activités. Cependant, elle explique que c’est tout de même « amusant ». Elle semble ponctuer ses pensées de cette façon: en disant « c’est amusant » et en laissant apparaître un magnifique sourire. Peut-être est-ce un rappel au fait qu’elle est jeune et belle et qu’elle vit le meilleur moment de sa vie, malgré sa célébrité immense qui ne cesse de croître. Mais est-elle heureuse ? « Oui ! », crie-t-elle, avec un sourire espiègle. « Je ne peux pas me plaindre ! Et si je le fais, Dieu me giflerait immédiatement ! »