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Comme vous le savez, Rihanna fait la couverture du dernier magazine masculin « GQ » aux États-Unis. L’équipe vous propose la traduction de la « cover story », c’est-à-dire l’ensemble de la rencontre racontée par la journaliste.
 

À 21h15, l’Escalade noire de Rihanna s’arrête en face de l’ « Emilio’s Ballato », restaurant italien de prédilection d’Andy Warhol situé dans le Nolita [= quartier de Manhattan], tout un bordel. Son armée de gardes du corps contemple la scène. Les longues jambes de Rihanna touchent alors le trottoir et c’est la folie. Il y a des paparazzis partout, qui tous ensemble, perchés sur des bicyclettes et des motos européennes, abaissent les fenêtres de leur Mercedes ou ouvrent leur toit ouvrant, et se faufilent sur le moindre mètre carré du trottoir. Les caméras tournent autour d’elle comme une grande rue.
 

 

Rihanna se glisse dans la mêlée puis dans l’entrée, où se trouve une photo d’elle dédicacée. Elle porte un jean moulant noir, des lunettes noires, un sweat-shirt créé sur mesure noir et coupé avec de grosses lettres dorées. (il est inscrit dessus « ORIGINAL ».) Avec ses lèvres couleur dahlia, ses grands yeux façon manga, et une démarche au ralenti, elle ressemble à une femme fatale néo-noire en chemin vers une prochaine destination.
 
“C’était intense,” balbutiais-je, en m’éloignant des flashs aveuglants et du théâtral « Rihanna arrive pour le dîner.»
 
« Je suppose que tu y es habituée maintenant. Mais mon cœur… »
 
« Tu ne t’y habitues jamais, » dit-elle. “C’est le chaos.”
 
Rihanna sort d’une houle de chaos, de controverse et de célébrité avec l’assurance et le contrôle d’un champion de surf. Lorsque nous nous rencontrons en Octobre, elle est sur le point de sortir « Unapologetic », son 07ème album, en 7 ans. (Les six derniers se sont vendus à plus d’un million d’exemplaires chacun.) Elle a été nommée l’artiste la plus téléchargée, la star la plus populaire sur Facebook, la femme la plus sexy en vie, et elle a atteint près de trois milliards de vues sur YouTube ; il s’agit de la SARL Rihanna, une entreprise à la tête de plusieurs millions de dollars. Elle a 24 ans. « Des fois, une personne me regarde et voit des dollars. Il voit des chiffres et un produit, » dit-elle. « Quand à moi, je me regarde et je vois de l’art. Si je n’aimais pas ce que je faisais, alors je dirais que je commets de l’esclavage. »
 
Un groupe de cinglés conspire dans une pièce privée, et Rihanna leur envoie un baiser. Sa publiciste et son assistante prennent une table à proximité. Elle s’assied en face de moi telle une cavalière.
 
J’aborde le thème des tatouages, et elle plaisante sur le fait qu’elle a faillit se faire un tatouage sur le visage la nuit précédente. « Le tatoueur m’a répondu ‘non, je ne le ferai pas,’ » dit-elle, « parce que lorsque tu regardes ton visage, il est juste là, à te fixer du regard. » Avant que l’entrée n’arrive, elle interview l’intervieweur. Je me remets à peine de ma récente rupture, l’espace vide dans mon placard, et elle me répond comme si elle était ma sœur, « la vie peut être tellement nulle parfois, n’est-ce pas ? »
 
On la rapproche très souvent des pop stars très extravagantes comme Katy Perry, Lady GaGa et Nicki Minaj. Mais il s’agit simplement d’un bal masqué, leur costume cachent en réalité un visage complètement différent. Rihanna, d’un autre côté, est extravagante, étrange, sans retenue, un petit peu folle, ce qui rend fou n’importe quelle autre personne. Sur scène, elle tape le rythme sur son « minou » et chantonne des paroles telles que « Suce mon impudence, lèche ma persuasion ». Sur Internet, elle tweete des passages de la Bible à ses 26 millions de followers et une photo Instagram de la tête d’une strip teaseuse entre ses cuisses. Et il y a aussi sa vie privée qui fait scandale (nous y viendrons plus tard). Un jour, elle a dit qu’elle souhait être « la Madonna noire. » Mais ici, on ne retrouve ni l’angoisse ni la timidité de la Catholique, interprête de « Material Girl ».
 
« Cela vient de ma culture, » dit-elle avec son accent Bajan. « Cela a toujours été ainsi, et j’ai l’impression que pour les gens, surtout en Amérique, il s’agit du fruit défendu, mais cela rend juste les enfants plus curieux. » Lorsque Rihanna a débuté, après avoir été découvert par un producteur en vacances en Barbade, elle n’avait pas réalisé qu’elle ne faisait rien d’autre que ce qu’elle avait l’habitude de faire sur la piste de danse. « J’étais beaucoup plus naïve par rapport à la façon dont je bougeais, et comment j’étais perçue par les autres. Plus tu entends les gens dire ‘oh, tu es une sex-symbol’, plus tu t’interroges, ‘pourquoi dis tu cela ?’ Et je l’ai trouvé. »
 
Je lui demande ce qui l’excite, parce que je sais qu’elle me répondra. « J’aime me sentir femme, » dit-elle. « Je suis responsable de chaque aspect de ma vie, j’ai donc besoin de ça dans une relation, comme si je souhaitais prendre du recul et avoir quelqu’un d’autre pour prendre des initiatives. » « As-tu déjà inversé les rôles », demandai-je. « Je peux parfaitement être dominatrice, » répond t-elle. « Mais, en général, j’aime autant… Comment pourrai-je dire cela d’une façon… non vulgaire ? » Bien. Pour finir, y a-t-il une limite que je devrais connaitre ? « L’amour t’emmène à des endroits où tu n’aurais jamais été, si ce n’était pas par amour. Mais je pense que tout le monde a ses limites. »
 

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L’appartement de Rihanna à l’hôtel « Gansevoort » ressemble à la cale de marchandises du Titanic après avoir heurté l’iceberg. Les membres de son entourage sont assis sur des valises. Des blunts circulent. Le résumé de la sérié « Basketball Wives » passe à la télé.
 
Son producteur, The Dream, rentre à l’intérieur, il porte des doublons de Jésus en or, suspendus à sa ceinture, une Rollex à chaque poignet. Ancien joueur de tambour, il a écrit « Single Ladies » de Beyoncé, et le tube de Rihanna « Umbrella ». Elle joue plusieurs extraits: « Crazy Train » d’Ozzy Osbourne », « Gloria » de Van Morrison, un peu de Patti Smith. Elle est contagieuse. The Dream fait la boîte à rythme, en tapant son point contre la porte.
 
« Je veux faire de la musique remplie d’espoir, exaltante. Rien de cucul ou de super sentimental, » me dit-elle. «Je veux qu’elle fasse ressortir tout ce que tu as vécu. Je veux qu’elle jette des étincelles. Je veux qu’elle soit sincère, authentique, et brut ». Dans une chanson comme « We Found Love », son plus grand tube, Rihanna combine des intonations lo-fi de Lee « Scratch » Perry avec des paroles sombres, presque dystopiennes, ce qui fait de lui, un titre dance entraînant. L’effet est troublant, sa voix est troublante; tes poils s’irrissent, et ton corps commence à bouger.
 
A présent, elle commence à chanter le refrain de la chanson « Foreplay » de The Dream, en chuchotant à moitié: « Bitch, fuck the foreplay, I want it now. We’re talking straight sex. It’s going down ! » Elle se trémousse en bougeant ses fesses et dépliant les draps.
Le groupe éclate de rire, puis elle engueule The Dream: « écris-moi ce genre de truc. Plus de pop. Plus de ces merdes sentimentales… Cela sera tweeté, retweeté, et il deviendra un « trending topic » ! »
 
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Nous sommes tous partis dans une boîte de nuit de New York, le « Griffin ». Mais lorsque nous arrivons, l’humeur de Rihanna a nettement changé. Elle est détachée et danse lentement toute seule. Les DJs font ensuite une ovation aux stars présentes ce soir là: Chris Rock, Dave Chappelle, Rihanna et Chris Brown.
 
Le dernier nom retentit sur un titre de 2 Chainz. La foule a un temps d’arrêt: « Chris Brown ? Allons-y ! »
 
En 2009, son ancien petit ami l’a frappée si violemment qu’elle a du partir à l’hôpital. Pendant une émouvante interview avec Oprah cet été, elle annonçait que Chris avait besoin d’aide à ce moment. Le chanteur est toujours en liberté conditionnelle pour l’avoir frappée. (Elle a accepté d’alléger l’ordonnance restrictive en 2011).
 
Puis en juin dernier, une bagarre a eu lieu entre Chris Brown et le rappeur Drake, avec qui elle serait sortie, dans une boîte de nuit à Manhattan. Selon certaines sources, Brown aurait envoyé une bouteille de champagne au rappeur, et Drake lui a renvoyé le présent avec un mot disant, « Je baise avec l’amour de ta vie. » Avant même qu’on s’en rende compte, le lieu se transforma en une véritable guerre de Troie, avec Rihanna, dans le rôle d’Hélène de Troie. Je lui en ai parlé pendant le dîner. Son ton était impénétrable, semblable à celui d’un avocat. « Il n’y a rien qui prouve que c’était par amour pour moi. C’est ma réponse à cette question. » Puis, elle me demande à son tour: « tu as déjà eu des putes qui se sont battues pour toi ? »
 
En tout cas, cela ne peut pas être une coïncidence que Chris Brown et elle soient présents, ensemble. Le lendemain matin, voici ce qu’on pourra lire partout dans les tabloïds — la femme qui rend n’importe quel homme fou, revient vers l’homme que le monde trouve légèrement dingue. Mais voilà ce que j’ai vu:
 
Chris Brown est debout sur le rebord du banc du box voisin. Rihanna et lui commence à se lancer des regards charmeurs comme des enfants qui se passeraient des mots pendant un cours de mathématiques au collège. Les sourires en coin et les jeux continuent jusqu’à qu’ils se mettent à danser ensemble de loin. Puis, se souciant guère des moqueries, Chris Brown monte au-dessus de la cabine. Un soupçon de controverse vibre dans la boîte de nuit.
 
Là, au milieu de toute cette folie: Rihanna me regarde droit dans les yeux et m’envoie un spiff. Elle tourne de nouveau son regard de « Bambi » [= "Biche". Surnom que l’on donne à une jolie femme] vert-noisette en direction de Chris Brown et commence à se déhancher d’un côté à l’autre. Il est 2h du matin. On dirait que la nuit est loin d’être finie.
 
« On se croirait dans un film, mesdames et messieurs ! » hurle le DJ. « On vous a vus, Chris et Rihanna ! »



 


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